ELLE FRANCE
MERES PORTEUSES CE QU'ON NE DIT PAS
2001/2002
PHOTOGRAPH BY MARY ELLEN MARK


405Q-055-001 Faire un enfant pour une autre, c'est interdit en France, mais la loi pourrait changer en 2010. (Photo de Mary Ellen Mark.)

Qui sont les mères prteuses ? Comment vivent‑elles après avoir« donné» l'enfant? Enquête sur des hors‑la‑loi en France.

Même sî c'est illegal, les petites annonces pullulent sur Internet. Lucie, 25 ans, de Melun: «Je suis en bonne santé, je désire garder bien au chaud votre futur enfant pendant neuf mois. » Nath2424, 27 ans, de Saint‑Jean‑de‑Luz : « Je suis la fée que vous recherchez. » Aya, de Blois: «J'offre cette joie à un couple sérieux et pas brusque. » Dezignhair, de Paris: «Je ne fume pas et ne bois pas, je souhaite avant tout vous aider. » Sandra82, 33 ans, de Montauban

« Cherche couple de bonne famille, voulant sérieusement un enfant, prestation de qualité, sans arnaque. » Dès qu'elles passent à l'acte, ces jeunes femmes basculent dans l'illégalité, deviennent mères porteuses clandestines, se cachent pour se protéger. Qui sont‑elles, ces femmes qui louent leur ventre dans l'ombre pendant neuf mois, fabriquant un bébé pour une autre, endurant tous les inconvé­nients de la grossesse sans jamais en avoir l'avantage ? Qu sont ces mères qu'on évoque trop rarement dans le déba sur la légalisation (lire « L'Heure du débat », p. 136) ? Er février, un sondage (1) affirmait que 17 % des Française seraient d'accord pour porter l'enfant d'une personru inconnue et 39 % s'il s'agit de quelqu'un de très proche comme une sour ou une amie ! C'est énorme. Et, parmi ce femmes, on trouve même Nadine Morano, la secrétain d'Etat chargée de la Famille. Mais ces candidates poten tielles savent‑elles ce que cela implique réellement?

C'est sur un forum de discussion que Linda, 30 ans, a rencontre Patrice et Cathy (2), parents commanditaires du bébé qu'elle a fini par porter. Assistante de vie scolaire pour 800 € par mois, Linda n'a pas un profil de hors‑la‑loi. Elle est plutôt du genre gentille. Pourtant, en devenant mère porteuse il y a deux ans, elle a pris de gros risques: en France, où cette pratique est interdite au nom de « l'indisponibilité du corps humain », mères porteuses, parents commanditaires, intermédiaires et complices risquent entre six mois et deux ans de prison, et entre 7 500 et 30 000 € d'amende. Pour contourner la loi, les couples les plus fortunés partent chercher une « gestatrice» dans les pays où c'est légal (surtout aux Etats‑Unis et au Canada) et où le prix moyen d'un bébé porté par une autre tourne autour des 47 000 €. Les autres, comme Patrice et Cathy, fonctionnaires, bricolent clandestinement, pour un prix de revient nettement plus avantageux: entre 10 000 et 15 000 €.

Si Linda accepte de témoigner aujourd'hui, c'est parce qu'elle est devenue militante de la légalisation. Sensibilisée à la stérilité par sa belle‑sour, Linda l'altruiste a voulu « aider un couple» : «Je suis sensible aux autres, livre‑t‑elle dans son appartement chaleureux d'une HLM. Enfant, on disait de moi que j'avais le cour sur la main. Je continue puisque je travaille avec des enfants handicapés. » Linda lance sa candidature sur Internet. Dès le lendemain, elle est contactée par Patrice et Cathy. Elle marche « au feeling », ça colle. Par mail, ils évoquent leurs profils respectifs. Linda ne formule qu'un souhait, avoir des nouvelles du bébé après sa naissance. Privée de son utérus, Cathy donnera son ovocyte, Patrice son sperme, ce qui convient à Linda: «Je ne voulais pas que cet enfant ait quoi que ce soit en commun avec moi, génétiquement parlant. Je n'aurais pas supporté qu'on se ressemble, cela aurait été trop lourd à porter. » C'est ce qui se passe aujourd'hui dans la majorité des cas de mères porteuses. Deux mois plus tard, première rencontre : ils parlent d'argent. «Cela me gênait, mais, pour eux, le dédommagement était très important. Ils avaient besoin de faire ce geste. Leur bébé n'a pas de prix, ce ne sera jamais assez. » Ils s'accordent sur la somme de 15 000 €. Départ pour une clinique spécialisée en Belgique. Le psychologue refuse leur projet. Un gynéco français leur donne le nom d'une clinique à Londres, qui valide. « La préparation est contraignante pour tout le monde : visite médicale, test de compatibilité génétique, stimulation ovarienne pour Cathy, préparation de l'utérus pour moi. Piqûres, médicaments... Puis, on implante l'embryon. Deux semaines après, on sait si ça a pris. » Un jour, Linda prévient Cathy et Patrice d'un SMS: «C'est bon! » Quelques semaines plus tard, fausse couche, tout est à recommencer. Cinq mois après, retour à Londres. Cette fois est la bonne. Linda est suivie tranquillement en France par sozgyDéco1ogue, mis dans la confidence, qui autorise Patrice et Cathy à assister aux échographies. C'est une fille. L'entourage de Linda est au courant, respecte son choix sans le comprendre. Aux autres, la jeune femme célibataire raconte qu'elle a une aventure avec un homme marié et qu'il gardera l'enfant. Deux semaines avant le terme, Linda accouche dans une clinique française par césarienne. Les bébés nés de mères porteuses sont souvent prématurés : « Parce que, psychiquement, la mère fait tout pour ne pas s'y attacher, explique Monique Bydlowski (3), psychanalyste spécialiste de la maternité. Alors le corps réagit aussi à sa manière. » A la maternité, tout le personnel est au courant. Patrice et Cathy assistent à l'accouchement
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