GLOBE
REGARDS POUR LE PALAIS GARNIER
Octobre 1988

Demander à neuf photographes, quel que soit leur talent, de regarder librement le monde clos et fascinant du palais Garnier présentait quelques risques. Et beaucoup d'excitation. Les risques étaient ceux des redites, dans un lieu peu photographié ‑ en dehors de la scène- depuis sa création, et bourré de sollicitations visuelles et de séductions pour le regard. L' excitation était naturellement celle de la découverte, de la révélation par des regards d'aujourd'hui d'aspects insoupçonnés de la grande maison de la place de 1'Opéra, de ses stars quotidiennes, de ses ors, de ses couloirs sans fin, des rires et des larmes, du travail et des souffrances qui président à la célébration du drame sur l'immense plateau. Le résultat, quel que soit le jugement que l’on porte sur lui, a au moins évite les écueils les plus évidents. Aucune redite entre les photographes qui, jouant avec sincérité le jeu de la carte blanche, ont incontestablement trouvé leurs images, mis en oeuvre leur regard et leur style singuliers. Aucune nostalgie face a un monument chargé de mythologies, a la veille de transformations profondes. Le «Garnier» des neuf regardeurs de service est une fascinante maison d'aujourd'hui et, sans l'avoir consciemment voulu, ils dressent un panorama de la photographie contemporaine tout en poussant notre curiosité vers des aspects de Garnier que nous n'avions à aucun moment imaginés. Revisité, l'Opéra est comme neuf. Bien sûr, comme dans toute aventure photographique, les anecdotes sont légion; et les plus belles concernent les images qui n'existent pas. Elles traitent de personnages de roman hantant les couloirs, de stars insoupçonnées déguisées en ouvreuses, de machinos farouchement isolés en marins bougons dans les soutes du paquebot, d'un bestiaire faisant voisiner des carpes dans le lac souterrain et un nid de faucons pélerins dans la lyre..

Ce que nous retiendrons, ce sont d'abord les risques pris par les photographes et les cadeaux qu' ils nous font. De Duane Michals présentant pour la première fois une séquence en couleurs à Bernard Descamps et Mary Ellen Mark exposant pour la première fois une nouvelle approche en format carré, en passant par Agnês Bonnot décidant de ne cadrer que les pieds, la rigueur et les dangers se côtoient. On pourrait en dire autant de chacun mais leurs images suivent, et elles se suffisent. Nous retiendrons aussi de cette aventure de quelques mois, semée d'embûches et d'enthousiasme, que l exposition de commande, pour peu qu 'elle se fonde sur une volonté de confronter les regards et qu'elle laisse une entière liberté, celle de la confiance, aux photographes, petit être productrice de travail photographique. Ceci, simplement, pour en finir avec les préjugés contre la commande, soit‑disant contraire a la créativité. Il faut, certes, réunir des conditions, mettre en oeuvre la générosité de partenaires, la collaboration constante de deux structures, l Association pour le rayonnement de l'Opéra et l'agence VU, l'enthousiasme des photographes, le travail de tous et de chacun, l'accueil de ceux que l'on photographie et une solide volonté. Mais, pour nous, cette expérience est et a été un moment de bonheur qui va se continuer par le dialogue avec les spectateurs, par la diffusion de ce numéro‑catalogue, par les publications dans la presse, par la circulation de I' exposition a l'étranger.

En photographie comme dans le journalisme, l'édition ou la scène, le plaisir ne peut jamais être fonction que de la prise de risque. Risquer le mélange des regards, la multiplicité d'utilisations, les partis pris esthétiques par rapport a une institution était réellement du risque. Nous avons eu plaisir à le prendre, nous espérons que vous aurez plaisir à le partager.

Christian Caujolle
Agence Vu
Jean-Luc Maeso
AROP


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MARY ELLEN MARK

401P-102-026

J’ai toujours été attirée par les sujets photographiques concernant les marginaux et ceux qui semblent pour diverses raisons avoir le plus de difficultés à vivre. Quand Christian Caujolle m'a demandé de participer à cette exposition sur l'Opéra de Paris, je me suis demandé comment mon travail pouvait s'intégrer dans ce projet. Le jour de mon arrivée à Paris, Jean‑Luc Maeso m'a fait visiter ce bâtiment étonnant. En parcourant ces couloirs sans fin, nous avons traversé de grands vestiaires austères et vides. J'ai demandé: «a quoi servent ces salles?» «ce sont les vestiaires des figurants.» J'ai su alors que j'avais trouvé le sujet de mon reportage. Dix de ces photos sont des portraits de figurants de l'opéra de Paris. Ils aiment l'ambiance de drame et d'excitation du spectacle de l'opéra.

Une des photos ne concerne pas un figurant. C'est la photo d'une fan. Elle a été prise le 14 juillet, jour où le public est admis gratuitement à l'Opéra. Ces passionnés attendent devant l'opéra toute la nuit pour pouvoir assister à la représentation donnée gratuitement en matinée. Il y a là une immense file d'attente et certains ne pourront pas assister à cette représentation. La femme que j'ai photographiée m'a donné sa carte de visite, «Ervi Suits, artiste peintre». Elle était dans la file des adultes et était une mélomane avertie. Elle attendait depuis le matin dans l'espoir de pouvoir assister à la représentation de Faust. Je savais qu'il y avait toutes les chances pour que les adultes assistent à cette représentation. toutefois, J'ai attendu jusqu'à l'ouverture des portes pour être sûre de la voir entrer.


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