LA REVUE
HOMMES ET FEMMES D’INFLUENCE
John Michael McConnell
Bienvenue chez Big Brother!

September 2008
By Nicholas Michel
Photographs by Mary Ellen Mark

Ils agissent en coulisses et faconnent le monde en secret. Dans chaque numéro, La Revue
éclaire le parcours de lune de ces eminences grises. Cette fois, portrait du patron du patron du
renseignement national américain.

"Si j'informe le public, j'Informe l'adversaire  en même temps". "Notre boulot est de voler des secrets aux gouvernements

étrangers ou aux organisations terroristes internationales. Plus ils en savent sur l'efficacité de nos méthodes, plus ce sera difficile pour nous. " Ces affirmations qui, clans sa bouche, relévent de l'antienne, on les doit a John Michael McConnell, le grand patron du renseignement national américain (Director of National Intelligence, DNI) nommé par George W. Bush et entré en fonctions en février 2007. Ce militaire de 65 ans a le visage poupin, les yeux bleus et le crane dégarni d'un bureaucrate débonnaire. Sa voix porte encore les traces de cette Caroline du Sud ou il a vu le jour, a Greenville, le 26 juillet 1943. Souffrant du dos, il marche légèrement vouté ‑ce qui ne l'empêche pas d'être un bourreau de travail qui n'accorde a sa femme qu' <<environ quinze minutes par jour >>!

Du pain sur la planche, Mike McConnell en a a revendre. Son role consiste a coordonner es activités de tous les services de renseignements américains. A savoir seize officines fédérales ‑dont la CIA, le FBI, la DEA... ‑ qui ne cessent de se mettre des batons dans les roues, cent mille fonctionnaires et un budget qui atteignait, en 2007, la modeste somme de 43,5 milliards de dollars.
Parmi les plus retentissants fiascos du renseignement américain, on compte bien entendu le debarquement catastrophique de la baie des Cochons en 1961, mais aussi I'incapacité  des services a anticiper es  l attentats du 11 septembre 2001 ou es fausses informations concernant les  armes de destruction massive justifiant 'invasion de I'lrak en 2003. C'est dire sa reputation auprés du grand public! Pour enrayer cette spirale de l'échec, une solution a été envisagée depuis des années: un homme pour chapeauter 'ensemble, aide par quelques centaines d'employés. Elle n'a été mise en ceuvre qu'en 2004, quand le Congrès a adopté l'lntelligence Reform and Terrorism Prevention Act créant le Bureau du directeur du renseignement national américain (ODNI). John Negroponte, ancien ambassadeur en Irak après la chute de Saddam Hussein entre 2004 et 2005, a été le premier a occuper cette fonction avant de jeter l'éponge au bout de deux ans. Pour le remplacer, George W. Bush a choisi un homme du sérail capable de promouvoir une << culture de collaboration >> entre les agences. << L'amiral Mike McConnell possède l'expérience et le caractère pour ce poste >>, a déclaré George W. Bush le 5 janvier 2007, avant d'ajouter << Pendant des dizaines d'années, l'amiral McConnell a permis a nos troupes d'obtenir les renseignements dont elles avaient besoin pour remporter des
guerres. Precision utile << Mike est place directenira ment sous ma direction, fait et je lui fais confiance pour me communiquer les meilleures analyant ses que la communauté américaine du renseignement puisse fournir. S'il a commence par refuser l'offre du président américain, Mike McConnell possède un curriculum vitae taillé pour cette mission.

Diplômé en économie et en administration publique, il sert au Vietnam en 1967 et 1968, clans le delta du Mekong, a bord de l'USS Colleton. Puis ii intègre les services de renseignements a une époque oü l'ennemi est clairement identifié : le bloc communiste. Son apparition clans I'espace public date de 1991 quand, durant la premiere guerre du Golfe, il devient conseiller pour le renseignement de Cohn Powell, chef d'etat‑major des armées. En 1992, il obtient une place plus prestigieuse, la direction de I'Agence de sécurité nationale (NSA). L'amiral prend sa retraite en 1996 et passe clans le privé, oO il monnaye son expertise au sein de la firme Booz Allen Hamilton, spécialisée clans le conseil stratégique aux grandes entreprises. II empoche environ deux millions de dollars par an.
Sa nomination au poste de DNI en 2007 compromet le projet pacifique qu'iI caressait avec sa femme, Terry: finir ses jours en construisant des nichoirs pour protéger une espéce menacée, le merle bleu de I'Est... Et le propulse a la tête dune communauté pléthorique, clans un pays üü, si Oussama Ben Laden et Mahmoud Ahmadinejad peuvent tour a tour endosser le role dennemi public numéro un, le danger vient de partout et de nulle part. Ces défis, Mike McConnell les connalt et les évalue a leur juste valeur. Certains sont traditionnels <<L'espionnage chinois s'est développé, et l'espionnage russe n'a pas faibli >>, dit‑il. D'autres plus récents << Si les responsables du 11 Septembre avaient mené une cyber‑attaque contre une seule banque américaine, et si cette attaque avait réussi, cela aurait eu un impact d'une magnitude plus importante sur notre économie nationale.>> 

Très au fait des risques lies aux nouvelles technologies, Mike McConnell n'en oublie pas pour autant d'autres formes de virus plus mortels: "L'une des choses qui m'inquiètent le plus, ce sont les pandémies, qui peuvent etre utilisées comme des armes. Vous pouvez, par exemple, transformer la grippe aviaire en virus transmissible a l'homme. Et causer la mort de 50 ou soo millions de personnes."
Depuis sa nomination, l'homme essaie de promouvoir la collaboration et l'échange d'informations entre les différentes agences. Deux plans ont été successivement mis en place clans le but d'améliorer leur fonctionnement. Mike McConnell n'hésite pas a mettre le doigt sur des problOmes comme le manque d'agents capables de parler certaines langues (l'arabe, le serbo‑croate )is qui ou la mauvaise adaptation des services aux flux d'innent formations modernes. La sécurité des réseaux infordes matiques est l'une de ‑ ses marottes. Quand des miles. hers de hackers chinois parlant tous l'anglais peuvent s'en prendre aux systèmes d'informations occidentaux, rares sont les agents américains ou européens qui savent déchiffrer es idéogrammes... Quoiqu'il se dise apohitique (a "Je ne suis ni républicain ni démocrate "). McConnell penche plutot du coté bushien. A propos des mothodes les plus contestables employees par la CIA, il évite he mot torture a, maisjustifie, a sa manière, l'usage  de techniques particulières : II y a des gens clans ce pays qui sont toujours vivants grOce a certains precedes [sic]."

Son combat le plus recent? Les amendements I Foreign Intelligence rveihlance Act (FISA)
permettant de surveiller sans mandat les conversations téléphoniques nu les e‑mails entrant et sortant du pays ‑ donc imphiquant des citoyens arnéricains, protégés par he atrième amendementde Constitution. II est aussi l'immunité des entreprises de télécommunications qui aideraient he gouvernement a mettre des citoyens sur écoute. Sans cette immunité, a es compagnies risquent a h'avenir de ne plus collaborer avec he gouvernement". Bienvenue chez Big Brother!

Six jours par semaine, Mike McConnell se eve a heures du matin, fait quehques exercices de gymnastique et se prepare pour sa reunion quotidienne avec George W. Bush, Dick Cheney et quelques cohlaborateurs, a ha Maison Blanche, entre 7 h 30 et 8 h 30. Vers 9 h 30, il retrouve son bureau dépouihhé de ha Boiling Air Force Base. II ne rentre chez ui que vers 20 heures, les bras charges de dossiers. Iran, Irak, ex‑Vougoslavie, Russie, terrorisme international... clans un contexte ou l'administration Bush n'a plus vraiment he vent en poupe.
II ne se berce d'aihheurs pas d'ilhusions "L'administration actuehle est accusée d'espionner les Américains. Etje suis au coeur du système. "
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1. Les citations sont tirees de l'article de Lawrence Wright, "The Spymaster", paru dans le New Yorker du 21 janvier 2008.


243D-POL-101
"Mike" McConnell coordonne seize agences fédérales.



END