MARIE CLAIRE FRANCE - SEVICES A ENFANTS - 905B-000-001
MARIE CLAIRE FRANCE
SEVICES A ENFANTS
Février 1986
De plus en plus d’enfants sont, de plus en plus jeunes, les victimes d’adultes pervers, souvent même au sein de leur famille. L'enquête de Frédérique Drouin fait l’effrayant bilan de ce problème de société dont aucune statistique ne donne la mesure.

Mon grand‑père m'a violée lorsque j'avais huit ans.» Un aveu timide, qui tombe des lèvres d'une grande jeune femme: Florence.

Florence a vingt‑six ans. Elle s'est présentée à moi en réponse à une petite annonce que j'avais insérée dans « Libération».

«Recherche témoignages de personnes ayant été victimes de sévices sexuels dans leur enfance et pouvant en parler…» Elle ne voulait cacher ni son nom ni son visage. Elle a surmonté sa honte. Elle a commencé à parler en cherchant ses mots. Puis, petit à petit, reprenant confiance en elle, elle a tout raconté d'un flot. M'a montré ses poèmes, ses lettres où elle épanchait sa haine, son désespoir, sa solitude.

Elle a même tâté du théâtre pour tenter d'exorciser ses démons. En vain. Seule une psychothérapie, entamée il y a quatre ans, semble être venue à bout de son traumatisme. Car il n'y a pas eu que son grand‑père…

«Quand j'étais petite, j'avais l'habitude de passer mes vacances à la campagne chez mon grand‑père. II était très affectueux et me trouvait jolie. J'avais six ans.

«Un jour il s'est livré sur moi a des attouchements. J'étais tellement habituée à ses câlins que j'ai pris ça comme un jeu. Puis il m'a demandé de le masturber en me recommandant de ne rien dévoiler à ma mère. Il me donnait un peu d'argent. J'avais le Sentiment diffus de perdre mon innocence. J'avais huit ans lorsqu'il a essayé de me pénétrer. J'ai eu très peur. J'ai cru qu'il voulait me punir.

«Puis mon oncle est venu. Il était âgé d'une vingtaine d'années. Il m'a contrainte sous la menace à subir ses fantasmes. C'était un pervers, sadique et zoophile. Il me terrorisait. A onze ans j'ai commencé à ressentir des malaises. Je fuguais. Je ne dormais plus la nuit et ne mangeais pas. Je me sentais inférieure, amoindrie, différente face aux autres enfants de mon âge.

«Lorsque, l'année suivante, mon grand‑père s'est attaqué à ma petite soeur, j'ai décidé de tout raconter a ma mère.

« Elle m'a avoué s'être doutée de quelque chose. Son père avait aussi abusé d'elle dans son enfance. Elle le ressentait comme une fatalité. Et elle n'a jamais rien fait pour nous protéger, ma petite soeur et moi. Dams son désarroi, elle a ajouté: "Tu sais, l'amour ce n'est pas ça."

«J'étais soulagée d'avoir tout révélé. J'ai coupé toute la relation avec mon oncle et mon grand-père. Ça ne m'a pas empêché, adolescente, d'avoir une sexualité complètement perturbée. Je ne fréquentais que des hommes efféminés. J'avais un besoin fou de séduire, mais quand je rencontrais un type bien, je prenais mes jambes a mon cou. Je m'en sentais indigne.

«Sur un coup de tête, je me suis mariée à vingt ans, à un garçon qui ressemblait a mon oncle. J'ai divorcé un an après et j'ai entamé une psychothérapie.

«Aujourd'hui je peux faire l'amour et avoir du plaisir sans me sentir coupable. Et je veux me battre pour que des choses comme celle‑la ne se renouvellent plus.

«Mon oncle? A présent il est marié et père de trois enfants. Et lorsque je le vois, il fait comme si de rien n'était. Quant a mon grand‑père, il s'étonne que je sois si froide avec lui.»

Pour Florence, cet inceste est l'histoire d'une trahison: «La pire qui puisse exister.» Celle de ses parents. Un père absent. Une mère complice par son silence. Et celle de sa famille. «Où tout le monde a abandonné son rôle. Je n'étais plus protégée.»

Pour Béatrice aussi la mère s'est tue. Béatrice a quarante ans. Elle accepte de me rencontrer, dans un café. Elle dit qu'elle est tombée sur mon annonce par hasard et qu'elle veut préserver son anonymat. C'est une femme élégante, un peu triste. Célibataire. Elle parle doucement en fixant un point au‑dessus de ma tête comme pour mettre une distance en­tre ses paroles et la réalité. Elle débite les mots, mais retient les émotions. Elle me raconte comment, après avoir été violée par son beau‑père en y laissant presque sa peau, elle a été atteinte d'amnésie pendant trente ans.

«C'est la mort de mon beau‑père quia rallumé ma mémoire.Il m'a violée la première fois lorsque j'avais deux ans. C'était un homme respecté et croyant... Nous étions une famille nombreuse et je sais qu'il a également abusé de ses autres enfants.

«Lorsque cela m'est arrivé, j'étais trop petite pour le raconter a ma mère. Il a continué jusqu'a ce que je tombe gravement malade, à six ans. C'était une réaction psychosomatique. Je voulais mourir. Ma dépression a été si profonde que j'ai dû réapprendre a marcher et parler. Des lors il ne m'a plus touchée. Et moi j'avais oublié tout ce qui avait précédé cette époque.

«Jusqu'à trente‑six ans, je me suis comportée comme une véritable névrosée. Les hommes me glaçaient. Je n'avais plus la moindre notion de mon passé. J'ai alors entrepris une psychothérapie qui m'a aidée a réconcilier l'adulte que je suis et l'enfant qui était en moi. Quant a ma mère, elle a toujours feint l'ignorance. Elle vouait un remerciement éternel a cet homme qui l'avait prise en charge avec ses quatre enfants. Eux l'ont payé très cher.»

Que ce type d'amnésie soit classique, la psychanalyste Françoise Dolto le confirme en remarquant que «les enfants très jeunes ne gardent pas un souvenir conscient de leur traumatisme, mais développent à sa place un désordre psychologique ou caractériel ».

Comme pour Florence, le drame de Béatrice a été étouffé par sa famille. Rien n'a transpiré jusqu'au moment où elles ont, adultes, franchi le mur de la honte et de la peur. Dans l'inceste, le silence est de mise. La mère occulte. Les enfants trinquent.

Peu d'affaires d'inceste arrivent jusqu'aux tribunaux. Ainsi, à Paris, on compte à peine une cinquantaine de cas par an. Mais, selon les juges, ce chiffre est à multiplier par trois ou quatre pour avoir une idée de la réalité.

«Huit fois sur dix, c'est la victime qui porte plainte avec l'aide de l'assistante sociale ou du psychologue scolaire, souligne Mlle Sabatini, présidente du tribunal pour enfants. Elle le fait généralement pour préserver ses frères et soeurs. Ou quand, adolescente, un partenaire sexuel de son âge vient se substituer normalement au père.

«Quant à la mère, elle feint le plus souvent l'ignorance par crainte de voir éclater son foyer et, par là même, de perdre son seul support matériel. »

Et les auteurs d'inceste? «Ils ne se sentent pas coupables, ou peu. Les enfants sont pour eux des objets. Beaucoup de familles où l'on pratique l'inceste vivent en vase clos. Le père se justifie généralement en invoquant ses relations difficiles avec sa femme. Et donc les enfants servent au remplacement de l'épouse sexuellement déficiente.»

Mais l'inceste peut être aussi une variante de la pédophilie. On épouse la mère en lorgnant vers les enfants, ce qui pourrait bien avoir été le cas dans la famille de Béatrice.

L'inceste n'est pas seul en cause dans les affaires de sévices sexuels contre enfants. Des statistiques canadiennes par exemple ont établi que, dans ce pays, trente-sept pour cent des enfants agressés de moins de quinze ans avaient une relation de parenté avec l'agresseur. Restent les soixante-trois pour cent où l'agresseur est un voisin, un professeur, un étranger...

Du «Satyricon» à «Lolita», la littérature a poétisé «l'attraction sexuelle de l'adulte pour les enfants», définition de la pédophilie par le Petit Robert.

En France, là encore, pas de statistiques nationales. Mais à Paris, le Parquet dénombre chaque année environ cent cinquante cas d'enfants victimes de violences sexuelles.

Toujours d'après les juges, c'est par trois qu'il faudrait multiplier ce chiffre pour approcher de la réalité. Pour Mme Le Moèl, du parquet de Paris, «de plus en plus d'enfants se laissent manipuler pour un peu d'argent. Les pédophiles se repassent les gosses les uns aux autres»...


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Emily et Erica ont trois et cinq ans. Leur père et leur oncle les ont violées. «Life » a publié cette photo, de même que les suivantes, pour alerter le public.

Jean-Luc est musicien. Notre entretien se passe au téléphone. Il veut taire son nom. Il dit qu'il est connu.

«J'ai eu une éducation contraignante. Un père militaire. Une mère sévère et bigote. On m'a mis dans une pension religieuse de dix à quinze ans. On voulait me séparer de l'une de mes soeurs avec laquelle je jouais à touche-pipi. Je suis passé d'un monde de femmes - j'avais quatre soeurs et une nourrice - à un univers d'hommes qui m'était étranger. «Je suis devenu taciturne, renfermé. J'étais plutôt mignon et j'avais attiré l'attention d'un de mes professeurs qui s'est livré sur moi à des attouchements. Je l'ai très mal supporté et je me suis enfui du collège. Je voulais mourir. Je n'ai rien pu avouer à mes parents, car mon père est entré dans une rage folle quand il a appris que j'avais déserté le pensionnat. J'étais terrorisé. Et j'ai dû réintégrer le collège.

«Je suis devenu fataliste et je me suis habitué aux désirs de mon professeur. Je recherchais même sa compagnie. Il s'occupait de moi. En même temps je ressentais une culpabilité épouvantable. Un jour je me suis confessé et j'ai tout avoué.

«Le curé a voulu savoir qui c'était. J'ai refusé de parler. Alors il m'a demandé des détails intimes sur notre relation et il me touchait en même temps. Je me suis rebiffé. Il n'a pas insisté.

«Quand j'ai quitté le pensionnat, je me suis jeté à corps perdu dans le sport et la musique, et je n'ai plus eu de rapports sexuels. J'ai gardé très longtemps une haine farouche de tout ce que j'avais vécu dans cet établissement religieux.

«Après je me suis marié et j'ai eu une fille que j'ai adorée. Quand nous avons divorcé ma femme c'est moi qui en ai eu la garde. Je la laissais faire tout ce qu'elle voulait. Je la couvrais de cadeaux, de soins, de tendresse.

«Mais lorsque, adolescente, elle a commencé à vouloir s'affirmer, je me suis désintéressé d'elle. Elle en a beaucoup souffert. Elle a sombré dans la drogue, elle allait avec n'importe qui. J'ai voulu lui donner une éducation inverse de la mienne, j'ai échoué. J'ai raté son passage à l'âge adulte parce que j'avais peut-être raté mon enfance.»

Jean-Luc s'accuse d'avoir raté son enfance. Alors que ses parents, ses éducateurs plus que lui-même sont en cause. Le professeur Bornstein, spécialiste de la délinquance, commente: «Avant d'être la victime des pédophiles, les enfants sont victimes de leurs parents. Les enfants à risque sont ceux dont les parents se sont montrés trop laxistes ou, au contraire, trop répressifs. II faut que le message transmis à l'enfant soit le plus normatif possible. Les personnalités mal construites sont dues à une éducation qui marginalise l'enfant, rendant le terrain favorable aux pédophiles.»


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La méthode de la poupée. L’enfant qui refus de parler accepte de montrer ce qu'on lui a fait sur une poupée. Jamais, disent les thérapeutes, il ne désigne quelque chose qui ne se soit pas vraiment passé

Guy Hocquenghem, journaliste-écrivain, dans une interview donnée au numéro de «Recherche» d'avril 1979, avouait lui-même, en tant que pédophile:

«Je ne pense pas qu'un jeune puisse aimer quelqu'un de plus âgé. Si un garçon aime être avec moi, c'est qu'il a souvent des problèmes au niveau familial. C'est qu'il a un manque au niveau du père ou que ses parents le délaissent, ou s'en occupent trop. Ce qu'il faut offrir à ce gosse, c'est justement ce qu'il n'a pas chez lui. Je fais tout pour qu'il soit heureux et qu'il revienne chez moi. C'est un petit peu un traquenard. »


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Dans cette institution, on explique aux enfants quels endroits du corps ils doivent absolument empêcher les adultes de toucher.

Beaucoup de petits fugueurs vont chercher refuge dans les bras des pédophiles. En échange de leurs caresses, ces derniers leur offrent un toit et un peu de chaleur. Les enfants vont même parfois jusqu'à appeler «papa» leur «bienfaiteur» et rabattent pour lui d'autres enfants pour lui faire plaisir.

D'après les représentants de l'Action sanitaire et sociale, c'est quasiment une situation-cliché.

Grâce à eux, je rencontre Arthur qui vit en foyer. Il a quinze ans. Il parle peu. C'est l'assistante sociale qui me raconte en gros son histoire. Tantôt absent, tantôt présent au détour d'un mot, Arthur acquiesce, sourit ou lance une phrase pour aussitôt retomber dans un mutisme total.

Arthur vient d'un petit village de l'Oise. Septième d'une famille de onze enfants où personne ne s'occupe de lui, il fait plusieurs fugues. La dernière l'amène jusqu'à Paris, gare du Nord.

A la sortie du train, il se fait accoster par un type d'une trentaine d'années, Jean, qui a l'habitude de venir recruter ses protégés dans cet endroit réputé pour accueillir les jeunes paumés.

Très «cool», il aborde Arthur, lui propose de l'aider et de l'héberger en attendant qu'il trouve un boulot. Arthur accepte: «Il avait l'air sympa. » Les jours qui suivront, Arthur s'apercevra que toute l'attention dont Jean l'entoure n'est pas gratuite.

«Je m'en fichais. Avec lui j'étais bien. Il s'occupait de moi. Je me sentais à l'abri.»

Les illusions tombent. L'engrenage continue. Arthur est chargé de ramener à la maison d'autres jeunes adolescents.

Chose dite, chose faite. Il y a beaucoup d'enfants abandonnés dans les villes. Un peu d'argent, des cadeaux viennent rapidement à bout de leur résistance.

«On était peinards. Y'a un con qui nous a dénoncés.» C'est la dernière fois qu'Arthur ouvrira la bouche pour parler.

Arthur a été placé dans un foyer. Mais pas plus heureux pour autant. Trompé par ses parents qui ne l'ont pas désiré. Par Jean qui ne l'a pas protégé. Par la justice qui le met dans un foyer où il se trouve isolé. Objet trimballé au gré du refus des uns, des déviances sexuelles des autres, de la rigidité de la structure sociale. Quel avenir? L'assistante sociale hausse les épaules, découragée: «On ne peut pas les suivre jusqu'à quarante ans.»


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Eric, sodomisé par son propre père, devient fou de terreur quand on veut lui retirer son pantalon. Ici, la soignante a mis quarante minutes à le persuader.

Pour Georges, l'avenir est un mot vide de sens depuis sa plus tendre enfance. D'abord réticent pour me rencontrer, il me donne finalement rendez-vous dans une brasserie parisienne. Georges est un transsexuel. Blond, les cheveux tirés en arrière en queue de cheval. Des lunettes noires américaines. L'accent en pointe d'ail, la voix basse, le ton neutre et uniforme, presque détaché.

«Je n'ai connu que des galères. Mes parents ont une grosse entreprise de travaux publics. Le travail a toujours primé pour eux. Mais pour se donner bonne conscience, ils ont assuré à ma soeur et moi une éducation en béton. Des meilleures nourrices aux écoles les plus prestigieuses. La sexualité était un sujet tabou à la maison. J'étais très ignorant.

«Vers ma dixième année, j'avais l'habitude de passer mes soirées chez un voisin qui était très gentil avec moi. Il me touchait et me caressait beaucoup. Je n'en prenais pas ombrage. C'était très agréable.

«Puis un jour, tout a basculé. Il a voulu aller plus loin. Je ne comprenais pas ce qu'il voulais dire. Mais je l'ai laissé faire, et il m'a sodomisé. Je l'ai ressenti comme une trahison. Il m'avait fait mal. « C'était un traumatisme énorme. Je n'ai rien dit à mes parents, je me sentais fautif. Je me suis rapproché de ma soeur qui était la préférée, et j'imitais son comportement féminin.

«Mes parents ont commencé à me rejeter. Je travaillais mal à l'école et j'ai tenté de me suicider en avalant des médicaments. Echec.

«Alors j'ai commencé à faire des fugues et à me prostituer. Je ne le faisais pas pour l'argent, mais pour trouver un peu d'affection. Finalement, lorsqu'un proxénète m'a maqué, je ne suis plus retourné chez moi. J'ai commencé à me droguer et à prendre des hormones pour changer de sexe. J'étais devenu une femme mais aussi une épave.

«A dix-sept ans, un copain qui m'aimait bien m'a emmené dans un centre pour les jeunes en détresse. J'ai mis six ans à m'en sortir après une autre tentative de suicide. Aujourd'hui je suis retourné vivre chez mes parents et je travaille avec eux.»

Pour éviter qu'un enfant comme Georges se sente exclu et dévalorisé à la suite d'un viol, qui peut le pousser au suicide ou l'entraîner vers la prostitution, les parents et la justice doivent s'efforcer de ne pas prolonger le traumatisme au-delà de l'incident, de ne pas en accentuer la gravité. Il ne faut ni culpabiliser l'enfant ni dramatiser la situation.

Dans son livre «Le Secret le mieux gardé», la psychiatre américaine Florence Rush raconte comment le père d'une fillette de dix ans qu'un garçon de dix-huit ans avait tenté d'agresser avait bien réagi face au désarroi de sa fille: «Il ne m'a jamais dit: mais pourquoi l'as-tu suivi? Il ne m'a jamais grondé. Il était en colère après le garçon mais pas après moi. »

Après une agression, certains enfants perdent confiance en leurs parents parce que ceux-ci n'ont pas su les protéger. Le juge Choukhroun, à Paris, me conte l'histoire de Marianne, neuf ans, violée par un copain de son frère, dix-sept ans. «Outre des séquelles physiques, Marianne a subi un traumatisme psychologique profond. Cauchemars, angoisses, troubles psychosomatiques, sentiment de culpabilité. Elle reprochait en permanence à ses parents de ne pas avoir pu empêcher le délit »

Le système judiciaire peut aussi montrer, contribuer à renforcer la détresse de l'enfant.

Monsieur M., directeur d'école dans une petite ville de l'est de la France, est venu me voir lors d'un passage à Paris. Il été confronté à une affaire d'abus sexuels sur une fillette de son établissement.

«Au moment de l'affaire, Claire avait onze ans. Confiée tous les soirs, après l'école, à un ami de la famille, ce dernier a abusé d'elle "parce que veuf depuis trop longtemps". Claire n'a pas tout de suite avoué à ses parents les attentions particulières dont elle était la victime. Mais son comportement bizarre a alerté ses parents et mis la puce à l'oreille de ses professeurs. Elle parlait tout le temps de sexe. Et ses résultats scolaires étaient passés de médiocre à mauvais. Finalement devant l'insistance de ses parents elle a dénoncé "l'ami" qui n'a pas nié.

«Hélas! lorsque la machine judiciaire s'est mise en place, c'est devenu pour Claire une machine infernale. Questions maladroites des gendarmes, interrogatoires appuyés des juges et des psys, examens gynécologiques et attitude catastrophée de la mère, ont rendu la fillette terrorisée, inquiète, démunie, avec un affreux sentiment de culpabilité.

«Elle a sombré dans une profonde dépression. Et elle a mis plus d'un an à s'en remettre. Aujourd'hui, elle a réintégré le lycée. Elle semble aller bien. Mais ses relations avec ses parents, et notamment sa mère, ont beaucoup changé.

Après l'hystérie du drame, il s'est produit une cassure. Et toutes les deux se sont murées dans une indifférence réciproque. Apparemment.»


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Une réunion de MOV (Mères de Victimes). Dans les cas d’inceste, la mère feint souvent d’ignorer, de peur de voir éclater son foyer

Tandis que les juges pour enfants et les psychologues dénoncent l'exploitation sexuelle des enfants, les pédophiles, au lieu de remettre en question leur sexualité, reprochent de plus en plus ouvertement à la société de les priver du droit de réaliser leurs fantasmes et revendiquent, au nom des enfants, le «droit à une sexualité libre».

Ainsi, la revue pédophilique «Possible» traitait récemment Françoise Dolto d'«infecte» pour sa défense des enfants, et le ministre de la Famille Georgina Dufoix, de «sévère conasse» pour avoir rappelé l'interdiction de se livrer dans les centres d'accueil pour enfants en détresse à «l'apologie de pratiques déviantes... et notamment au prosélytisme des pratiques sexuelles avec des mineurs ou de l'usage des stupéfiants, de la part d'adultes responsables de ces structures d'accueil ou les fréquentant».

S'attaquer à la pédophilie, c'est s'aventurer sur un terrain miné. Elle est défendue avec virulence par quelques intellectuels éminents et plusieurs écrivains appréciés des media. Au nom de la «liberté», ils se veulent pourfendeurs des tabous et revendiquent pour l'enfant le droit de partager sa sexualité avec l'adulte.

Lors d'une conférence à New York en mars 1979, des pédophiles proclamaient: «Nous ne voulons aucune limite d'âge empêchant les enfants d'avoir une sexualité libre, qu'ils aient cinq, six, sept ou huit ans. »

L'un de ces écrivains connus, dans une lettre parue dans un numéro de «Recherche» d'avril 1979, racontait son bonheur dans un pays du tiers monde où la pauvreté oblige les enfants à se prostituer plutôt que d'aller à l'école.

«Je nage parmi les voluptés pubères et impubères! Il m'arrive d'avoir jusqu'à quatre gamins âgés de huit à quatorze ans dans mon lit. Ces petits pauvres ont de l'allure. »

Et les pédophiles de se référer aux moeurs de la Grèce antique. Florence Rush rétorque:

«C'est vrai que l'on exaltait d'un même trait les valeurs militaires et pédérastiques. Que l'on avait sur les enfants le droit de vie et de mort. Que certains garçons étaient castrés et vendus très cher, à des amateurs d'eunuques... Valeurs d'exemple?»



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C’est dans les bras d’une autre enfant que Paula, quatre ans, retrouve un peu de sécurité. L’enfant sexuellement agresse pense qu’il n’y a plus personne qui puisse le protéger

L'autre point sur lequel les pédophiles insistent, c'est le consentement des enfants. Guy Hocquenghem assure qu'un enfant de sept ans peut rechercher le rapport sexuel avec un adulte.

«Oui, acquiesce Claude d'Herbes, psychologue, parce qu'un enfant est un pervers polymorphe. Il a sa sexualité propre. De plus, en recherchant l'amour d'un adulte, il calque ses désirs sur celui de l'adulte.

«Mais cela ne donne pas pour autant à l'adulte le droit d'en faire son partenaire. La sexualité de l'enfant n'est pas la sienne. »

Françoise Dolto ajoute: « Les enfants croient leurs aînés. Et l'expérience m'a enseigné que l'initiation pratique sexuelle des enfants par un adulte est toujours un traumatisme profond pour l'enfant. Beaucoup de jeunes en sont victimes de plus en plus tôt. Et même s'il y a consentement et désir mutuel, la nature du désir n'est pas du même niveau.

« La séduction par affectivité, ou par érotisme éveillé avant la maturation génitale, a des effets conscients ou inconscients graves sur l'enfant qu'il en soit victime ou complice.»

Aux Etats-Unis et au Canada, cette menace sur les enfants a été prise très au sérieux, au point qu'ont été engagées des campagnes de prévention, sous forme de petits ouvrages illustrés, de bandes dessinées utilisant les héros favoris des enfants comme «L'homme Araignée» et aussi de pièces de théâtre.

Aux Etats-Unis, dans l'Etat de Virginie, une pièce de trente-cinq minutes «Hugs and Kisses» (Câlins et Baisers) a été présentée dans plusieurs écoles primaires. Le but de la pièce était d'apprendre aux enfants «le bon et le mauvais toucher».

Après le spectacle, les enfants ont été invités à parler de leurs expériences personnelles avec les cinq acteurs de la pièce et un travailleur social. La police locale a enregistré les témoignages de neuf enfants ayant subi des sévices sexuels graves.

A Montréal, une troupe de jeunes acteurs, les Pince Farine en Ville, a monté une pièce écrite par Jasmine Dubé, « Bouches décousues» et a donné plus de cinquante représentations en six mois.

L'histoire est simple. Elle conte l'amitié de Sylvie et Julien qui, à travers leurs jeux, en arrivent à se raconter les agressions sexuelles dont ils ont été les victimes de la part d'adultes.

Malgré le chantage de la part de leurs agresseurs dont ils sont la victime, ils finissent par tout avouer à leurs parents.

Un des acteurs de la troupe (subventionnée par le Conseil des arts du Canada et le ministère des Affaires culturelles), Marc Pache explique: «On essaie de montrer que l'enfant a le droit de dire non, même à des membres de sa famille. Qu'il est responsable de son corps. C'est pourquoi il est important qu'après le spectacle les parents et les professeurs discutent avec les enfants pour savoir ce qu'ils ont retenu. »

En France, le phénomène de l'inceste et de la pédophilie nécessite-t-il des mesures draconiennes de prévention? «Certainement», répond Françoise Dolto, qui préconise une information dès l'école maternelle. «De plus en plus d'enfants sont victimes», m'ont déclaré les juges. «De plus en plus jeunes», ont ajouté les psys. Guy Hocquenghem lui-même avouait:

«Je ne voudrais pas avoir d'enfants parce qu'ils sont exposés à trop de risques. Je ne les enverrais ni dans les camps ni dans les colonies de vacances. Le milieu pédophile est énorme. Il y en a de plus en plus. »

Pourquoi? Le docteur Bornstein a son hypothèse: «Hier, c'était la misère financière qui faisait des enfants des produits faciles dans nos sociétés. Aujourd'hui, c'est aussi la misère... mais affective. L'absence de structure familiale forte en est une autre cause directement liée à la première. Avec en plus le droit à la différence sexuelle, qui banalise la pédophilie homo et hétéro. »

Comme le faisait remarquer Florence Rush: «La libération sexuelle et la liberté des enfants sont des alibis qui masquent leur exploitation sans scrupules.»

Frédérique DROUIN

Ce qu’un enfant doit savoir pour se défendre

L’effervescence autour des sévices sexuels contre les enfants a suscité aux Etats-Unis de nombreuses publications. Un livre destiné aux enfants (No More Secrets For Me», éd. Oralee Wachter, Little-Brown), qui décrit et illustre plusieurs situations embarrassantes ou dangereuses, s'est même propulsé jusqu'à la liste des best-sellers.

Voici quelques conseils extraits d'un livre pour les parents, écrit par deux spécialistes (« Your Children Should Know», Flora Colao et Tamar Hosansky, éd. Berkley). N'attendez pas que vos enfants découvrent l'existence du viol en tant que victimes: prévenez-les, parlez-en.

Définissez la notion de viol: «Ce qui fait mal aux parties du corps que cache le maillot de bain.»

Les enfants savent pourquoi ils doivent traverser la rue au feu rouge. Ne vous contentez pas de les mettre en garde contre les messieurs qui offrent des bonbons: expliquez-leur clairement pourquoi il est dangereux d'accepter. Enseignez dès que possible à vos enfants leur nom de famille, leur adresse, leur numéro de téléphone; assurez-vous qu'ils connaissent vos voisins et peuvent les appeler à l'aide en votre absence. Dites-leur qu'il faut composer le 17 pour appeler la police.

Expliquez-leur que se défendre ne signifie pas forcément donner des coups (ce qui peut d'ailleurs être efficace dans certains cas). On peut s'enfuir, crier, parfois prétendre coopérer. Choisir une stratégie de défense suppose que l'on reste lucide: montrez-leur comment respirer profondément pour se calmer. Pour bien courir ou crier, il faut s'entraîner: aidez-les à le faire.

Le conseil le plus important va à l'encontre des méthodes d'éducation traditionnelles: assurez-vous bien que vos enfants n'ont pas appris à obéir systématiquement aux adultes. Au lieu de les battre pour les rendre obéissants, on devrait enseigner aux enfants la désobéissance. Par exemple, vous devez accepter qu'un enfant refuse d'embrasser sa grand-mère s'il n'en a pas envie, même si elle l'accuse de ne pas être gentil, de ne pas l'aimer, etc.

Dans la plupart des cas, ce sont des parents ou des familiers qui violent les enfants; les victimes n'osent pas se défendre parce qu'elles croient qu'il est interdit de dire non à un adulte. Une proportion importante des agressions n'aurait pas lieu si les enfants montraient nettement qu'ils ne sont pas d'accord.

Non seulement vos enfants doivent pouvoir désobéir, mais ils doivent aussi savoir mentir: répondre: « Mon père prend a douche» à un inconnu qui téléphone, plutôt que: «Je suis seul(e) à la maison. » Ils doivent oser l'impolitesse: refuser d'ouvrir la porte à quelqu'un qui a eu un accident de voiture et veut téléphoner.

Si malgré tout un malheur arrive à votre enfant, surtout ne lui reprochez rien. Aidez-le à comprendre qu'il n'est pas coupable, qu'il a été victime d'un accident.

I1 arrive qu'un enfant n'ose rien dire parce qu'on l'a menacé. Vous devez être attentif à tout comportement inhabituel, et prendre au sérieux les déclarations bizarres que peut faire votre enfant, et les accusations qu'il peut porter.

Vous pouvez aider votre enfant en l'écoutant, en lui parlant, en le traitant normalement. Si des démarches auprès de la police, à 'hôpital, sont nécessaires, accompagnez-le, exigez si possible des policiers et médecins femmes si la victime est une fille.

Envisagez une psychothérapie, en choisissant une personne spécialisée.

Il existe aux Etats-Unis (en France aussi, mais peut-être pas près de chez vous) des thérapeutes qui utilisent des jouets pour aider les petits enfants à parler, et qui vont à domicile pour les mettre en confiance. Refusez fermement les psychologues qui ont mal compris Freud et disent que l'enfant a « séduit» son agresseur.

Une sénatrice de Floride révèle qu’elle aussi….

Leurs parents avaient peut-être raconté aux enfants l'histoire du Petit Chaperon Rouge, mais ils avaient oublié de les mettre en garde contre la grand-mère. Virginia McMartin, directrice d'un jardin d'enfants de Californie, put donc avec sa fille, son petit-fils et sa petite-fille commettre pendant dix ans des actes impudiques allant jusqu'à la sodomie sans éveiller le moindre soupçon. Quand on a fini par les inculper, il y a deux ans, de « child abuse» (ce qui signifie littéralement: dommage à enfant) Virginia McMartin avait soixante-seize ans.

L'affaire McMartin suscita une série d'enquêtes et de publications dans tous les Etats-Unis, qui révélèrent soudain au grand public l'ampleur du phénomène.

Le moment le plus spectaculaire de cette prise de conscience eut lieu devant la commission du Sénat. Paula Hawkins, une sénatrice de Floride âgée de cinquante-sept ans, bouleversée par l'affaire McMartin, révéla qu'à l'âge de cinq ans elle avait été agressée sexuellement par un voisin. «Je le dis à ma mère. Heureusement, elle me crut et interrogea les autres mères du quartier. Nous allâmes au tribunal, et je fus citée comme témoin. Mais l'homme fut relâché: le juge décida que les enfants mentaient.»

Paula Hawkins reçut des milliers de lettres racontant des incidents similaires. Elle espère que les livres et articles consacrés depuis deux ans au « child abuse» convaincront les juges d'écouter les enfants, et le gouvernement d'accorder des fonds aux programmes de prévention expérimentés dans beaucoup d'écoles.

Des chiffres.

Chaque année il y a en France des centaines d'enfants victimes de violences sexuelles. Pas de statistiques. Les Britanniques ont fait leurs comptes: un garçon sur cinq et une fille sur trois ont subi des violences sexuelles avant la majorité. A New York, 30% des crimes sexuels sont commis sur des moins de quinze ans.

Les confidences d'un grand gredin

« Le Petit Gredin », « Possible», « Le Petit Voyageur»... quelques titre de revues pédophiliques en vente libre, principalement dans le librairies homos, et qualifiées d'innocentes par les pédophiles. Un érotisme soft. Qui parfois se teinte de hard. A titre d'exemple, le courrier d'un père incestueux au magazine « Le Petit Gredin». Le pape, qui se targue d'être moderne, raconte comment ses trois enfants de dix, douze et quatorze ans s'amusent à toutes sortes de jeux érotiques entre eux qu'il énumère en père attentif: masturbation, fellation et sodomie, et comment lui et sa femme participent activement.

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