Mixte
STREET LIFE
MARY ELLEN MARK
DEPUIS LES ANNÉES 70, LA PHOTOGRAPHIE AMÉRICAINE A TRANSFORMÉ NOTRE REGARD. MARY ELLEN MARK SE DISTINGUE DANS LA PRATIQUE DOCUMENTAIRE. SES PORTRAITS, RÉALISÉS SUR LES TOURNAGES
OU DANS LA RUE, SONT AUJOURD'HUI REUNIS PAR PHAIDON.
March 2009
By Veronique Damagnez
Photographs by Mary Ellen Mark


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NICOLE KIDMAN EN DIANE ARBUS, DANS FUR, DE STEVEN SHAINBERG (2005).


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DUSTIN HOFFMAN SUR LES LIEUX DU TOURNAGE DE MARATHON MAN, DE JOHN SCHLESINGER (1976), À CENTRAL PARK, À NEW YORK.

Mary Ellen Mark impose son style à 29 ans.  Dès sa première commande, sur le tournage de Satyricon (1969) où elle est envoyée par le magazine Look. Les décors du film, l'énergie de Fellini l'inspirent encore aujourd'hui, quarante ans après, et sa curiosité est sans limite. Ses PORTRAITS D'ACTEURS sur le vif l'entraînent ensuite vers la rue. Très tôt, elle s'intéresse aux gens et choisit la photo comme mode d'expression. Grands journaux et magazines l'envoient observer le monde, et c'est en regardant les différents milieux sociaux qu'elle dit avoir appris la vie. Sa spontanéité sublime ses sujets : elle s'intéresse aux exclus ou minorités qui font la diversité du monde. Parmi ses thèmes de prédilection, on trouve l'univers de la drogue, les cirques de rue, la prostitution, la marginalité. Plusieurs livres retracent ce travail depuis quarante ans. Après des études de peinture et d'histoire de l'art à l'université de Pennsylvanie, Mary Ellen obtient un diplôme en photo et scrute les gens de Philadelphie. Elle s'installe ensuite à New York et devient photographe freelance pour Look, Life et le Sunday Times Magazine. Gratifiée de NOMBREUSES RÉCOMPENSES pour ses reportages, elle est devenue l'égale de photographes comme Robert Frank, Henri Cartier‑Bresson ou Irving Penn, ses inspirateurs, même si sa notoriété en Europe est bien loin de celle dont elle bénéficie aux États‑Unis. On comprend que la photo fait partie d'elle, et que son intérêt pour les gens est son moteur: “Je veux des images fortes, iconiques. Mais c'est vrai qu'ellesconcernent surtout des gens", nous explique‑t‑elle par téléphone depuis New York, où elle est vit depuis 1965. LES GENS DE LA RUE et les acteurs sont photographiés de la même façon. "Pour toutes mes photos, je cherche le moment vrai, pas l'illustration. Sur scène ou dans la rue, je vais droit au but." Même sur un tournage, Mary Ellen recherche le vrai : "Mon but, c'est de saisir l'émotion." Face à une commande, c'est l'intérêt, la découverte d'un nouvel univers qui motivent avant tout son envie profonde de témoigner du réel : e pense plutôt à la possibilité de faire des images fortes." Mais pour accéder aux gens, avons-nous besoin de les comprendre? "Pas toujours. Parfois, ils ne savent même pas qu'ils sont photographiés", s'amuse‑t‑elle. Entre ses tournages et ses scènes de rue, son approche est similaire. Dans les deux cas, la beauté et la poésie sont représentées. Il y a souvent un contraste entre le calme de l'apparence et la violence intérieure, et l'artiste le revendique. 'J'aime que mes photos montrent des émotions différentes. C'est la réalité de la vie." Hors plateaux de cinéma, tous ses clichés sont issus de THEMES URBAINS: “Je préfère les villes remplies de gens, comme New York où je vis. Après la parano due au 11‑Septembre, le travail me fascine toujours, j'aime photographier les parades dans la rue, ou tout ce qui se passe autour..."

Son planning est rempli avec précision, elle passe beaucoup de temps à se documenter, à éditer, à organiser ses prises de vues, et donne aussi des cours de photographie. À L.A., et au Mexique, dans la merveilleuse ville de Oaxaca, elle enseigne ses règles de base: "D'abord, penser visuellement, comprendre et savoir utiliser ce langage. Ensuite, bien sûr; faire preuve d'intelligence. " Son dernier projet la comble de joie : elle prépare un livre sur les "Proms". Ces bals de fin d'année des lycées américains font l'objet de ses observations depuis un moment. L'étude des comportements de groupes, des rituels, des habitudes, lui procure une excitation semblable à celle qu'elle a pu ressentir au début de sa carrière. Déjà, dans son livre American Odyssey, paru en 1999, elle décrivait sa culture, son peuple, dans toutes leurs singularités. Entre L'ÉTRANGE ET LE SUBLIME, les images de Mary Ellen traduisent la force vitale d'un pays en évolution permanente. Se voit‑elle traverser à nouveau les États‑Unis pour nous montrer l'Amérique actuelle ? 'J'adorerais. Mais je voyage moins car les magazines financent moins, etje ne peux plus investir autant moi‑même." De plus, elle s'interroge: "Qui s'intéresse au contenu maintenant? Les photos people qui ont envahi la presse ne montrent que des images de la surface des choses, jusqu'à l'étalage de la mise en scène du photographe."

Plusieurs galeries exposent son travail à New York, dont Staley Wise ou Howard Greenberg, mais elle bénéficie également de sa propre structure avec toute une équipe dédiée à son travail. Parmi ses récents projets, une série sur les enfants handicapés réalisée en Islande, accompagnée d'un film de son mari, Martin Bell. Après une expo à Reykjavik, le projet a pourtant été rejeté par Aries et Perpignan. '2e me sens triste sans la réalité. Ça me manque", avoue la photographe, fidèle à ses thématiques de toujours.

Après Avedon et Robert Frank, sera‑t‑elle la prochaine à récolter les honneurs d'une rétrospective à Paris ? "Trouvez‑moi un mentor!" Toujours sollicitée pour les tournages de films, Mary Ellen ne quitte pas la scène et ses acteurs. LE PLAISIR RESTE INTACT avec certains réalisateurs comme Tim Burton, dont elle se sent proche. Et revoir des films comme Open City, de Rossellini, la nourrit aussi, car "c'est le plus bel exemple de néo‑réalisme fantastique". Sa conclusion ? 'l'aime que chaque photo parle d'elle‑même, en une seule image." C'est peut‑être cela sa différence, une photographe unique.


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SEEN BEHIND THE SCENE/FORTY YEARS OF PHOTOGRAPHING ON SET/MARY ELLEN MARK, ÉD. PHAJDON. WWW.MARYELLENMARK.COM

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Diane Lane et Francis Ford Coppola
Ser le Tournage de Rumble Fish (1983).

202W-012-029
Sean Penn Dans Sa Loge, Au Theatre, A New York (1983).

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