PARIS MATCH
LES VRAIES GEANTES DE DALLAS
La ville aux 1136 milliardaires
11 novembre 1983

La ville est entrée dans l’histoire par la tragédie: il y a vingt ans, le monde entier découvrait Dallas en apprenant qu'on venait d'y assassiner le trente‑cinquième président des Etats‑Unis, John Fitzgerald Kennedy. Aujourd'hui C'est plutôt au mélodrame qui porte son nom que la cité du Texas doit sa célébrité mais l'interminable feuilleton qui passionne 400 millions de téléspectateurs dans le monde irrite les vrais « Dallasites » (terme exact pour les habitants de Dallas). Il agace plus particulièrement la crème de la crème de cette ville de gratte‑ciel d'acier, de verre et d'argent, qui ne se reconnaît ni dans les Ewing, ces paysans mal dégrossis et vulgaires à la fortune trop voyante ni dans leurs proches, passés à la postérité par la télévision. Le mois dernier, le magazine financier U.s. Forbes publiait une liste révélant le nom des quinze personnes les plus riches des Etats‑Unis. Onze d'entre elles vivent au Texas. Et Dallas, quatrième ville des Etats‑Unis par la taille, capitale mondiale de l'industrie pétrolière, est devenue le plus beau fleuron de cet Etat du Sud. Sur 900.000 familles, Dallas compte 1136 millionnaires… en dollars bien sûr.

Le Texas des cow-boys : une usine a dollars
Dallas a créé son style de vie et son aristocratie nouvelle. L’abondance et le luxe n’y sont pas toujours  traduits par le mauvais goût, comme le soutiennent ceux qui dénigrent à distance. A Dallas en tout cas, on n’a pas honte de sa richesse. On l’affiche même volontiers. L’entrepreneur Steve Elliot, aux allures de jeune manager d’avant-garde, pose ici avec sa femme en tenue texane sophistiquée et leur chien qui porte avec distinction un foulard de marque. Derrière eux, leur résidence de type traditionnel inspirée des demeures majestueuses de la Louisiane. Steve l’a fait construire pour 1,4 millions de dollars :


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Un quarteron de femmes de tête aux silhouettes de mannequin

Elles sont les égéries, et les mécènes de la vie artistique et sociale.


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Lynn Wyatt, épouse de Oscar Wyatt, patron des CoastelS States Petroleum and Co. posant sous son double portrait par Andy Warhol, donne des diners pour les chefs d'Etat. Le roi Hussein, Helmut Schmidt, Kissinger ont été reçus à sa table, mais aussi le danseur Rudolf Noureev et souvent l'écrivain Truman Capote.


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Joan King Herving, veuve depuis deux ans d'un magnat du gaz, a fait de son héritage un capital politique. Elle a produit un film sur l'Afghanistan, commenté par Orson Welles. Pour le bicentenaire de l'Indépendance, elle a reçu dans sa maison de 23 pièces trois rois, deux Présidents, deux Premiers ministres, six princes et une foule de ministres et de diplomates. Quand elle a appris que le roi Karl Gustav de Suède aimait les discothèques, elle a fait abattre les murs de son premier étage pour installer en son honneur un "discoscheik" décoré de peaux de tigres et de coussins arabes.


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La mécène Susan Glesby, 35 ans, fait partie du conseil d'administration du Grand Opéra et du Musée d'Art contemporain.


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Carolyn Farb au tempérament de feu, a reçu en cadeau de rupture 2û millions de dollars de son ex‑mari Harold Farb, un des plus riches promoteurs immobiliers des Etats‑Unis.

Au bal des « debs » se scellent des alliances entre dynasties


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Ils ont l'argent et la puissance mais il leur manque l'essentiel: la tradition. Pour échapper à l'accusation humiliante d'être de nouveaux riches, les milliardaires de Dallas ont pris l'habitude de mimer tout ce qui leur parait être l'image de marque de l'aristocratie. D'où, chez beaucoup, cette passion pour les mobiliers anciens et ce goût pour les grands bals ultra fermés où se retrouve le gratin de le ville. Tandis que les riches ambitieux louent d'immenses salles somptueusement décorees, leurs filles passent les trois mois de la saison mondaine à courir d'une soirée à l'autre. Certaines, qui vont jusqu'à accepter six soirées par semaine, finissent par ne plus s'y retrouver dans leurs engagements et sont contraintes de se renseigner auprès de la centrale mondaine qui supervise toutes les « parties » de la ville. La plus belle de l'année, celle qu'aucune jeune fille ne se permet d'oublier, est "le bal des débutantes. Depuis 1884, c'est là que se scellent les alliances entre dynasties. Les " debs", en robe du soir blanche, tiennent entre leurs mains gantées un bouquet de roses et se font prendre en photo en compagnie du président du Club des Célibataires de la ville. Annoncées par leur nom par un aboyeur, elles font alors la révérence puis se lancent avec leur cavalier dans une valse.

Ils s'offrent les hobbies les plus chers du monde

Les prodigieuses fortunes des Texans leur permettent de choisir des hobbies royaux.


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Ben Carpenter est un promoteur qui a misé 750 millions de dollars pour construire une ville‑satellite de Dallas où vivront 53 000 habitants. Chaque année il va avec sa femme chasser en Afrique les gibiers les plus difficiles.


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Richard Marcus, P.‑d.g. de la plus luxueuse chaîne de grands magasins, Neiman‑Marcus, collectionne les Shar‑Peis les chiens les plus chers du monde. Il les propose d'ailleurs dans son catalogue de ventes par correspondance, parmi des sous‑marins, des robots, des bunkers antiatomiques et des diamants gros comme des bouchons de carafe. Une fois par an, pour une nuit de gala, il invite le Tout‑Dallas à défiler à travers les rayons surchargés des trésors les plus insolites.


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Rescapé de la tragédie de Dallas, l'ex-gouverneur John Connally qui, il y a vingt ans, accompagnait le président Kennedy, a, pour sa campagne présidentielle, en 1980, dépensé 7 millions de dollars. Avant que les tentations de la politique ne le reprennent il élève des taureaux et des chevaux dans son ranch modèle
.

208F-01X-01X C'est lui qui a lancé dans son Etat la mode d'un nouvel événement mondain: des ventes aux enchères où sont couplés des chevaux de grand prix et des oeuvres d'art.

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