PARIS MATCH
Gardez l’esprit jeune
1er mars 1985
JOSETTE LYON

L'institut National de Recherche sur la Prévention du Vieillissement Cérébral (l'INRPVC) ouvre ses portes â l'hôpital du Kremlin‑Bicêtre. Cette expérience unique au monde va permettre de dépister et de traiter le vieillissement. Grâce à un arsenal préventif considérable, on peut dès aujourd'hui, sinon prolonger l'existence de l'homme, du moins l'aider à rester jeune, dynamique et autonome jusqu'aux derniers jours. Voici comment.

On peut ralentir le vieillissement en enrayant les facteurs d'aggravation, déclare Monique Le Poncin‑Laffite, fondatrice de l'institut avec Jean‑Robert Rapin, professeur en pharmacologie.

Pour cela, nous faisons passer le Bac (Bilan d'Activité Cérébrale), sorte de check‑up du cerveau, qui nous permet d'intervenir à un stade où l'amélioration est possible dès les symptômes annonciateurs quelque soit l'âge. Un examen à pratiquer en moyenne vers la cinquantaine, puis ensuite tous les 3 ans environ.

Les signes du vieillissement

Petits troubles de la mémoire, du sommeil, de l'appétit, légère fatigue, accentués ou acom­pagnés d'indices moins visibles. Sur le plan organique :
hypertension artérielle, excès de graisse dans le sang, augmentation de la viscosité sanguine diabète dépression..

En quoi consiste le Bac?

L'entretien est suivi d'un examen clinique, et d'une heure et demi de tests psychométriques pour mesurer mémoire rapidité de compréhension et d'exécution, coordination psychomotrice, attention, vigilance, temps de réaction, etc.

On peut visualiser, d'autre part, le cerveau au repos puis lors d'un effort en l'examinant au scanner après perfusion d'un marqueur radio‑actif.

On obtient ainsi une donnée chiffrée de son état. En ce qui concerne la mémoire, par exemple, le bilan montre si les troubles proviennent d'un manque d'apprentissage ou d'une origine qui nécessite un traitement médicamenteux. D'autres examens sont pratiques pour rechercher une éventuelle tumeur, un foyer mal irrigué ou une démence débutante..


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Rockeuse jusqu’au bout. Le plus important est de rester passionné et enthousiaste.

Le vieillissement, ça se traite!

Avec l'âge, on perd des neurones, les protéines se modifient; la chimie du cerveau aussi. Mais on peut rester autonome et actif à 90 ans comme à 40 à condition de ne pas se démobiliser. Voici les conseils de Monique Le Poncin‑Laffite.

1) Rester actif, passionné et, à la retraite, conserver une activité sociale.

2) Continuer à stimuler son cer­veau de façon active, même si l'on a des petits problèmes de vision, d'audition. On est aussi capable de performances à 60 ans qu'à 20 mais il faut se secouer, se prendre en charge. Si l'on ne fait pas travailler son cerveau, il devient paresseux.

3) Vivre raisonnablement. A 60 ans comme à 30, observe une certaine hygiène de vie. Pas de super‑bouffe... mais pas de régime non plus : le repas doit être une fête.

4) Exercer sa mémoire, c'est important. Aux premières défaillances « Mais qu'est‑ce que je suis venu chercher ici? », on dit si l'on a 35‑40 ans: « Je suis surmené». A 50‑60, on dramatise. Or, c'est peut‑être aussi anodin. « A 40 ans, il s'agit en général de faux troubles‑dûs à l'anxiété, à la dépression, à des problèmes psychologiques; ou bien d'un manque d'exercice: on perd la mémoire qu'on n'a pas éduquée, celle des noms propres, par exemple. Mais, même s'ils sont authentiques, il ne faut pas s'affoler. Ils ne traduisent qu'une petite perturbation du fonctionnement cérébral, un déficit au niveau de la transmission des messages, des synapses. Nos thérapeutiques peuvent rétablir le circuit. La mémoire est comme un muscle que l'on stimule par des exercices. Seuls les troubles liés à une lésion organique sont vraiment irréversibles.

5) Prendre des médicaments. En effet, même si, à 70 ans, on a un rendement optimal, ils sont efficaces. Les trois groupes les plus utiles en cas de vieillissement cérébral sont:

‑ les dérivés de l'ergot de seigle, ‑ sur lesquels je travaille depuis treize ans.

‑ les substances dites nootropes, comme le piracetam;

‑ les antagonistes du calcium, comme la nifédipine, puissants vaso‑dilatateurs encore peu connus mais qui donnent de grands espoirs. Toutes ces substances agissent par des mécanismes divers sur le métabolisme et l'oxygénation du cerveau.

On étudie encore d'autres molécules telles le ginkgo biloba, dont la place n'est pas encore définie.

‑ Pour les problèmes psycho‑affectifs, nous sommes à la veille d'une révolution thérapeutique qui va modifier les anti‑dépresseurs. Deux sont actuellement commercialises sans véritable garantie malheureusement.

Les cas vraiment désespérés sont ceux des gens abandonnés par leur famille, qui vivent dans un désert d'amour, d'affection. Les thérapeutiques modernes sont alors inutiles. On peut mourir sans être souffrant parce qu'on est isolé. C'est l'entourage qu'il faut motiver pour que les enfants se sentent responsables des parents. On ne résout pas tout avec une institution, un hôpital, des médicaments.

Comment fonctionne l'institut?

Les consultants versent une souscription annuelle de 280 F qui comprend:

‑ un bilan (dont le coût normal serait d'environ 700F);

‑ la possibilité d'appeler l'institut ou l'antenne locale quand un problème se pose;

‑ l'établissement d'un dossier de suivi médical;

‑ le droit à une Lettre de l'Institut (trimestrielle) comportant : activité de l'Institut, partie pratique, jeux et exercices de « stimulation du cerveau », ainsi que des informations extrêmement variées sur un nouveau médicament, un problème de vieillissement, ou encore une page diététique.


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