PHOSPHORI
INDE
L'eternel voyage des saltimbanques
MAY 1991
By YVES VEQUAUD
Photographs by MARY ELLEN MARK

Du lever au coucher du soleil, aerobates et montreurs d’ours se demenent pour gagner les quelques roupies qui leur permettront de survivre jusqu-au lendemain.


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De père en fils : Funambule sur un fil branlant, montreur d'ours ou marionnettiste en Inde comme ailleurs, on est saltimbanque de pere en fils. Dans le petit theatre, des images peintes racontent l'histoire d'un dieu, la legende d'une province lointaine. Les artistes la commentent en chantant.

Hommes' et bêtes travailleront jus qu'au dernier jour

La tele du pauvre : Dresseurs, marionnettistes du charmeurs de serpents : ils ne rentreront au village que pour la mousson. Quand il pleut trop, aucun spectacle n'est possible. En Inde, les postes de télévision sont rares et les magazines coûtent cher. Les saltimbanques offrent aux plus pauvres l’occasion de rire et de rêver un peu.


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SALTIMBANQUES Vendeurs de rêves

L'Occidental qui voyage en Inde a trés vite l'impression d'être plongé plusieurs siècles en arrière, dans notre Moyen Age, tel que le décrivent les livres d'histoire. Fabuleux, haut en couleur, indescriptible dans son entier, l'Inde apparaît comme un immense opéra dirigé par un metteur en scène de génie. A la seule différence que lorsque le rideau tombe, les victimes ne se relèvent pas pour saluer.

L'hindou considère que la vie n'a été créée que pour le plaisir des dieux. Nous naissons, luttons, souffrons et mourons pour leur divertissement. C'est le <<Lila>>, le grand jeu! Pour gagner les quelques roupies qui leur permettront de survivre jusqu'au lendemain, acrobates, bateleurs, jongleurs, équilibristes, artistes de tout poil s'agitent et se démènent du lever du soleil jusque tard dans la nuit. La concurrence est grande.

Descendus de leurs montagnes, sortis de la jungle ou fuyant leur village surpeuplé, ils vont de ville en ville. Les ambassades qui donnent des fêtes, les hôtels élégants, les places commerçantes, les lieux de pèlerinage sont autant d'endroits favorables oùse produire. En Inde, le spectacle d'un éléphant ne laisse personne indifférent. Les éléphants sont d'ailleurs de moins en moins nombreux. Gros consommateurs de fourrage, ils coûtent plus cher à l'entretien qu'un tracteur ou un camion. Des charmeurs de touristes Les charmeurs de serpents, eux aussi, feront bientôt partie du passe. Aujourd'hui, ils ne charment plus que les touristes! A propos, saviez-vous que les serpents sont sourds? Ce n'est pas la musique qui les fait danser, mais le mouvement de la flûte, que le charmeur balance de droite et de gauche. Serpents inoffensifs, dont on a arraché la poche de venin.

<<Qui veut être riche? Qui veut aller en Amérique?>> demande Shankar à son taureau sacré couvert de broderies. Le taureau pointe son muffle vers un spectateur. Il ne sera pas démenti. Qui refuse de s'enrichir?

<<Circulez, fichez le camp!>> crie un policier qui arrive. En Inde comme ailleurs, les bateleurs ne sont pas aimés des forces de l'ordre. L'Inde veut donner d'elle une image moderne. Même les vaches, pourtant trés respectées, n'ont plus le droit de circuler en centre-ville.

Végétariens dans leur grande majorité, les hindous ne tuent pas les animaux. Ils croient en la réincarnation. Les plus superstitieux imaginent même qu'aprés la mort, l'àme d'un homme peut continuer de vivre dans un corps animal, pour peu qu'il ait mal agi durant sa vie. Est-ce l'àme de mon grand-père ou de mon frère défunt qui anime le corps de cet ours qui saute à la corde, ou de ce chien qui fume? Quant aux singes, voleurs, impudiques et bruyants, sautant de balcon en balcon, on les aime aussi. Car on se souvient que, jadis, ils aidèrent un dieu à retrouver sa femme.  

La légende du Ramayana est la plus ancienne histoire d'amour du monde, et les singes y tiennent un grand rôle. Aujourd'hui encore, des comédiens la jouent en plein air, ici et là. Le public la connaît par cour. Et prend toujours plaisir à l'entendre.
Pour jouer le rôle d'un dieu, l'acteur doit appartenir à une haute caste, un pur brahmane de préférence. On ne plaisante pas avec la religion! Et puis un acteur doit savoir lire pour apprendre son texte. Savoir lire, c'est être savant!

Issus pour la plupart des basses castes, les saltimbanques espèrent un sort meilleur dans leur vie future. Peut-être roi ou ministre? Il faut parfois rêver pour survivre.            


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Les hindous respectent les animaux. Les plus croyants imaginentmême que l'àme d'un homme peut continuer à vivre dans un corps animal.


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Déséquilibre : Rehmat vit sous une tente comme beaucoup de saltimbanques. Avec son ours savant Moti, il part gagner sa vie en velo-taxi. Il repere un endroit favorable, marche ou site touristique, s'arrete et joue du tambour pour attirer la foule. Tout en haut dune perche, une enfant joue les equilibristes. Si elle tombe, sa sour a remplacera!


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L'INDE EN CHIFFRES DÉMOGRAPHIE Six fois plus étendue que la France, l'Inde compte aujourd'hui 820 millions d'habitants, dont un tiers de moins de 14 ans. C'est la deuxième population du monde aprés la Chine. Malgré les efforts du planning familial, ce chiffre ne cesse d'augmenter.

LANGUES ET RELIGIONS Pour 15 langues officielles, on a recensé en Inde 1652 langues parlées. 70 %   de la population est analphabète. 83% des indiens sont hindous, 11 % musulmans, les autres chrétiens, bouddhistes, sikhs, parsis, jains.
CASTES La société hindoue est traditionnellement organisée en castes : un système fondé sur des consideration religieuses, ethniques et économiques. Tout en bas de l'échelle, les intouchables, <<indignes d'tre touchés, parce qu'impurs>>, sont 140 millions. La moitié d'entre eux ont un revenu mensuel inférieur à 100 F.

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