PHOTO FRANCE
LES REFUGIES DU COMPTOIR
Mary Ellen Mark : reportage sur les bars secrets de New York.
Avril 1978


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Bar de Harlem

Mary Ellen Mark, trente‑deux ans, brune, somptueuse, charnelle, gourmande, au visage grêlé de taches de rousseur et, de surcroît, le meilleur reporter new‑yorkais : ce tableau est idyllique mais pourtant juste. Dans la déliquescence actuelle du photojournalisme américain, trois groupes de photographes seulement essaient de lutter contre la mièvrerie des magazines. Dans le premier, trois femmes : Mary Ellen Mark, Jill Freedman et Susan Meiselas. Dans le deuxième, quatre jeunes gens d'origines diverses : David Burnett (trente ans), Gianfranco Gorgoni (trente‑cinq ans), Alon Reininger (trente ans) et Rick Smolan (vingt-sept ans), ambitieux et pleins de talent, formés à l'européenne et regroupés dans une agence, Contacts, fondée par un Français de trente‑cinq ans, Bob Pledge. Dans le troisième enfin, une poignée de marginaux, nostalgiques de la grande époque de Magnum, soumis aux désagréments des rapports annuels et des bilans de fin d'année, mais toujours riches d'une acuité de vision fort enviable ; Erwitt, Uzzle, Davidson, Haas. Ils ont du mérite à s'accrocher, car leur situation n'est guère enviable, en l'absence de tout support original. «Time » copie sur «Newsweek », qui louche sur « People », qui plagie « U.S. », qui lorgne vers «Esquire ». Mary Ellen, comme les autres reporters qui luttent contre l'apathie, n'a que faire des vieux souvenirs de l'époque héroïque. "Look " et " Life "? Elle n'a pas connu, elle était trop jeune. Alors, elle croit toujours en sa profession. Nous vous avions déjà présenté son reportage sur un hôpital psychiatrique, « Pavillon 81 ». Ces documents devaient constituer un livre, mais l'éditeur hésite toujours aujourd'hui. Depuis, elle s'est consacrée à un autre sujet les bars, le second foyer d'une grande partie des new-yorkais. Tous les bars, routiers, bars chics ou de minorités raciales, bars d'homosexuels, de lesbiennes, de travestis, bars pour draguer ou s'enivrer, bars de jeunes, de vieux, de prostitués mâles ou femelles, bars de Harlem, de Brooklyn ou du Bronx. Voici les images qu'en quelques semaines elle a enregistrées. " Ce n'est qu'un début, dit‑elle. J'aimerais avoir les moyens de sillonner le pays entier et de montrer ce qu'est l'Amérique à travers ses bars. Ils sont une institution, ici, le refuge de millions de gens qui ne veulent ou ne peuvent rester chez eux. La majorité des clients sont des solitaires. C'est pour cela qu'il est extrêmement difficile de travailler dans ces endroits. Ce sont des lieux privés où personne ne voit d'un très bon oeil arriver un photographe avec ses appareils. Il fallait donc que je me fasse accepter, que je parle, que j'explique, que j 'offre à boire, que je réalise mes images et que j'obtienne l'autorisation signée des gens photographiés. Ce ne fut jamais facile. Le milieu le plus réticent fut celui des lesbiennes. Les habituées étaient terrifiées à l'idée d'être photographiées. Elles avaient toutes peur d'être reconnues et de perdre leur emploi. Pour moi, le principal personnage de ces établissements était le patron ou le barman. Quand j'avais son accord, une bonne partie des difficultés était levée. » Appauvrie par les tournées offertes, les pourboires distribués et les autorisations monnayées, Mary Ellen Mark a interrompu ses randonnées nocturnes fin octobre. Elle cherche un éditeur qui financerait la suite du reportage. Elle ne l'a toujours pas trouvé. Alors, un beau matin, elle a décidé d'accompagner Jack Garofalo, le reporter de « Match » venu à New York pour réaliser un sujet sur le South Bronx, ville cauchemardesque, éventrée, rasée, brûlée, pillée, où ne subsistent que les derniers damnés de cette ville, portoricains et noirs ivres de drogue, de violence et de misère. La veille au soir, Garofalo s'était fait agresser et rançonner. Ce jour‑là, il repartait. Mary Ellen Mark demanda à venir, insista, finit par le convaincre... Une sacrée bonne femme!


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Bar de célibataires dans Queens.


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Le « Broadway Charlie’s », dans Manhattan.


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Bar de célibataires dans Queens.


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Bar du Bronx.


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Le Roseland Dance Hall.


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Bar homosexuel de Brooklyn.


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Roseland Dance Hall.


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Bar de punks dans SoHo.


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Le Roseland Dance Hall.

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