PHOTO FRANCE

MIAMI BLUES
Juillet-Août 1987

Partie dix jours à Miami en «assignment» pour Life Magazine, voici ce qu'en a rapporté Mary Ellen Mark. De New York, à Los Angeles en passant par Miami, les grandes villes ont ceci en commun: on y trouve des gueules. Mais s'il est facile de les croiser à chaque coin de rue, il l'est beaucoup moins de pouvoir les aborder, entamer le dialogue, établir une relation. Faire du portrait est un sujet bien tentant mais seuls quelques grands photographes au‑delà de leur savoir faire technique savent être assez complices avec leur sujet pour en tirer l'essentiel et faire mieux qu'une simple photo d'identité. Le talent de Mary Ellen Mark est de rendre ses sujets plus vrais que nature, mais non dénaturés. Elle sait cadrer parfaitement pour qu'aucun détail superflu ne vienne distraire notre regard, attendre la lumière qui saura donner à chacun d'eux une force au‑delà de leur simple apparence. Mary Ellen Mark travaille comme une sociologue. Les minorités, les démunis, les délaissés, ceux qui remplissent nos journaux de statistiques et de faits divers, Mary Ellen Mark sait les rendre beaux dans leur réalité sordide. Ils sont humains.

Linda, la prostituée que son «mac» vient de tabasser, crevait de faim, Mary Ellen Mark lui a donné à manger et la possibilité de lui téléphoner en cas de besoin... Lewis, numéro 50 dans son lit à l'hospice lui a confié qu'il n'avait jamais été aussi bien traité, qu'il n'avait jamais été dans un endroit aussi propre. A qui le dire? Mary Ellen Mark devient sa confidente... Quant au vieil homme à la veste blanche, Mark a été attirée par la blancheur de son costume, couleur de dignité. Elle lui a demandé si elle pouvait faire son portrait. Il n'en revenait pas. Il ne pouvait simplement pas croire que l'on puisse s'intéresser à lui. Paula et Shirley. L'une tient un portrait de Jésus à la main qui ne la quitte jamais. L'autre un sac de la Joconde, elle précise qu'il est en toile cirée et non en vulgaire plastique. Mary Ellen Mark leur a offert des ours en peluche. gênées... mais au fond ravies. Mary Ellen Mark sait aussi rendre hommage à ceux et celles qui viennent en aide laissés pour compte. En exemple, ce magnifique portrait de trois Soeurs. «Une photo vaut bien mille mots» est le constat que font pour nous chaque jour des centaines de photojournalistes à travers le monde et leur travail est nécessaire. Celui de Mary Ellen Mark y ajoute une dimension. Ses photos sont belles. Elles provoquent l'émotion en touchant notre sensibilité visuelle mais aussi et surtout notre affectif. Pour une fois dans leur vie, peut être, ces hommes et ces femmes laissés pour compte ont été considérés. Mary Ellen Mark est avec ses photos ce qu'un Oscar Lewis est avec ses mots: une sociologue sur le terrain, et qui ne prétend pas donner de leçons. Juste des images.



209H-221-012



209H-127-014



209H-123-005



209H-115-006



209H-153-016



209H-183-018



209H-116-010



209H-070-004

END