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DUSTIN HOFFMAN: MARATHON MAN
Special Noel 1976
Special Noel 1976


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(Cover)

LE MARATHON DES FETES


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Dustin Hoffman : meurtrier malgré lui dans l'excellent film d'espionnage de John Schlesinger, "Marathon man.”

Au départ du marathon des fêtes de fin d'année, cinq nouveaux concurrents vont ou viennent de prendre le départ. Ils n’ont pas tous les mêmes atouts.

Rayon comédie, “Le grand escogriffe”, réalisé par Claude Pinoteau, a l'indéniable avantage d'avoir pour vedette principale Yves Montand. Accent méridional, parlant sans cesse avec les mains, baratineur de génie, ii tient le film à lui tout seul. Ceux qui ont aimé Yves Montand dans “Le diable par la queue” ou “La folie des grandeurs” le retrouveront avec plaisir.

“Le jouet”, le premier film du scénariste Francis Véber, avec Pierre Richard, a toutes les chances d'être un grand succès. D'une part, Francis Véber est un scénariste qui a fait ses preuves. On lui doit des réussites aussi spectaculaires que “L'emmerdeur”, “Le grand blond avec une chaussure noire”, “Le retour du grand blond”, “Adieu poulet”. D'autre part, Pierre Richard est l'un des comiques français les plus cotés du box‑office, à juste titre d'ailleurs. Coproducteurs de ce film, ils ont signé une heure et demie d'humour et de divertissement qui leur vaudront un succès auprès de tous les publics.

«Barocco», de André Techiné, présente un générique de qualité: Isabelle Adjani, Marie‑France Pisier, Gerard Depardieu, Jean‑Claude Brialy, Claude Brasseur. Ce film s'annonce déjà comme une nouvelle bataille d'Hernani. II a ses adversaires farouches qui lui reprochent son hermétisme délibéré et la faiblesse du scénario. Il a ses partisans inconditionnels qui apprécient son romantisme échevelé et ses qualités esthétiques. Le public décidera...

«Marathon man», de John Schlesinger, avec Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Marthe Keller, donnera satisfaction à tous les amateurs de bons policiers et à tous les admirateurs de Dustin Hoffman, avec cette grande différence qu'un policier avec Dustin Hoffman, ce n’est pas tout à fait un film policier. Ce sera aussi l'occasion de découvrir Marthe Kel­ler dans son premier grand rôle international. En étudiante espionne, elle y est étonnante d'aisance, apportant quelques brèves minutes, une bouffée d'air frais dans ce film suffocant.

«King‑Kong», produit par Dino de Laurentiis, s'annonce bien sûr comme le favori indiscutable de cette fin de décembre. Il bénéficiera d'un lancement publicitaire sans précédent, d'une forte distribution nationale et surtout des immenses moyens avec lesquels cette superproduction a éte réalisée. A pas de géant, «King‑Kong» va essayer de rejoindre les quatre grands triomphes de l'année : «Les dents de la mer», «Vol au‑dessus d'un nid de coucou», «A nous les petites anglaises» et «L'aile ou la cuisse». Mais il arrive aussi que les outsiders battent les favoris.

Mais dès janvier, de nouveaux films entreront dans la course. Parmi les plus prometteurs, citons déjà «La bataille de Midway», un grand film de guerre, «Le sheriff» avec Patrick Dewaere et «Le désert des Tartares» avec, entre autres, Philippe Noiret. Là encore, la bataille sera rude!

Jean‑Pierre Frimbois

A PROPOS DE … MARATHON MAN

«Marathon Man», c’est le dernier film de Dustin Hoffman, avec Laurence Olivier et Marthe Keller, mis en scène par John Schlesinger, qui réalisa «Macadam Cow-Boy», déjà avec Dustin Hoffman.

New‑York et Paris, des agents secrets internationaux et des étudiants sportifs, des vendeurs de diamants et des criminels nazis réfugiés au Paraguay, Dustin Hoffman et Laurence Olivier... Toutes ces rencontres, et surtout celle de William Goldman, le scénariste de «Butch Cassidy et le Kid» , et de John Schlesinger, le metteur en scène de «Macadam cow‑boy», font de «Marathon man» un film très attendu.

D'abord, parce que, fortuites, ces rencontres prennent le visage du destin et font d'un jeune étudiant en histoire un meurtrier sans remords. Le hasard, en effet, va changer la vie paisible de Babe (Dustin Hoffman)... Babe partage son temps entre le marathon et les études. Tous les matins, ii s'entraîne dans Central Park, un «chrono» autour du cou. II rêve de la gloire de Nurmi le Finlandais et d'Abebe Bikila, «le grand flic éthiopien» qui remporta pieds nus le marathon olympique de Tokyo. Avec sa thèse d'histoire, Babe veut réhabiliter la mémoire de son père, grand historien qui s'est suicidé.

Babe ne sait pas que son frère, Doc (incarné par Roy Scheider, l'une des vedettes les plus demandées d'HolIywood depuis «Les dents de la mer») travaille pour la «Division», une agence gouvernementale occulte spécialisée dans les interventions délicates. Jusqu'au jour où Doc vient mourir chez lui, le ventre ouvert...

Accusé par les amis de son frère d'avoir recueilli ses derniers secrets, Babe va devoir affronter la brutalité de tortionnaires peu délicats et l'habileté machiavélique d'un dentiste trop raffiné (inquiétant Laurence Olivier). La course d'endurance qu'il va courir ne sera pas exactement le marathon pour lequel il s'était entraîné. Cependant, ii connaîtra la solitude du coureur de fond qui ne peut compter sur personne.

Ce n'est pas la première fois que John Schlesinger s'intéresse au marathon. En 1973, dans un film collectif à propos des Jeux de Munich, «Visions of eight», il avait signé la séquence, «The longest», consacrée au marathon. II y avait donc de grandes chances pour qu'il prête un regard attentif a «Marathon Man», un roman de William Goldman.

Celui‑ci avant de s'imposer dans le peloton de tête des scénaristes d'Hollywood, grâce au script de «Butch Cassidy et le Kid» (acheté pour la somme record de 400000 dollars et sur lequel ii a travaillé huit ans) voulait devenir reporter sportif. Depuis, sur la demande de Robert Redford, Goldman a été le scénariste de «La kermesse des aigles», l'histoire d'un «as» de l'aviation pendant la guerre de 14‑18, et des «Hommes du Président», l'aventure des deux journalistes qui ont fait tomber Nixon. Il a également écrit le scénario du film de guerre de Richard Attenborough, actuellement en tournage, «A bridge too far».

Cette rencontre Goldman-Schlesinger est l'une des découvertes de «Marathon Man». Beaucoup de choses en effet les rapprochent. En plus de leur goût pour le marathon, Schlesinger et Goldman ont en commun la passion et le don des détails justes et des nuances subtiles qui, loin de simplifier l'histoire, la compliquent et lui donnent la densité et la richesse de la vie.

Par touches rapides, en marge de l'action principale, Schlesinger parle du passé de ses personnages, de cette «chasse aux sorcières» lancée dans les années cinquante contre les communistes américains et leurs sympathisants par le sénateur Mac Carthy, des camps nazis d'extermination et de leurs marques a jamais gravées sur la peau des rescapés.

John Schlesinger parle aussi des villes. Paris, avec son Marché aux Puces, son Opéra et ses «manifs» anti‑pollution, a un petit côté «province» par rapport à New‑York. Deux enfants qui, au feu rouge, tapent sur le capot des voitures, des adolescents désoeuvrés qui se moquent du «marathon man» et l'appellent «la limace», un embouteillage qui se termine par un accident mortel suffisent pour que New York, avec sa violence latente, soit un personnage important de ce bon film policier. Comme dans «Macadam Cow‑boy», où un jeune texan plein d'illusions «montait» a la ville et découvrait un véritable enfer, mélange de solitude, d'indifférence et de misère.

«Marathon Man» est pourtant quelque peu différent des autres films de John Schlesinger. Ses personnages étaient jusque là des êtres ordinaires voire médiocres, affrontant des situations plutôt banales. L'ancien criminel nazi qu'interprète Laurence Olivier et Doc, le frère espion, sont des personnages pour le moins hors du commun !

Dans ses films précédents, la vie passait sans que rien ne change vraiment. II restait bien sûr les cicatrices de la solitude et de l'échec, comme dans «Un dimanche comme les autres», où un jeune anglais partait pour les USA, abandonnant ceux (un homme et une femme) dont il était l'amant.

Dans «Macadam Cow‑boy», les deux héros rêvaient, dans les rues de New‑York sales et tristes, de s'en aller vers le soleil de la Floride. Mais dans «Marathon Man», il n'y a pas de tels refuges.

II serait étrange que l'univers de Schlesinger, jusqu'ici déchiré mais paisible, ne garde trace désormais de la violence de «Marathon Man». De la roulette perfectionnée (que passe le «dentiste» Laurence Olivier sur un nerf à vif)à la lame rétractable qui vous ouvre le ventre en moins de deux, en passant par la séquence au cours de laquelle on plonge la tête de Dustin Hoffman dans sa baignoire jusqu'à ce qu'il dise ce qu'il ne sait pas !

Heureusement, ii y a Elsa –Marthe Keller, parfaite dans un róte d'étudiante allemande qui joue double‑jeu et que Babe a séduite malgré sa maladresse et son inexperience. Leurs rencontres sont autant de bouffées d'air frais, comme si le spectateur, pareil au coureur de marathon, devait, de temps en temps, reprendre son souffle !

Une bonne partie du succès de «Marathon Man» viendra dans doute de l'interprétation de Dustin Hoffman. Là encore, if est parfait. Comme si, à chaque nouveau film, il enfilait des chaussures neuves sans jamais avoir à casser le cuir !

II a encore sur le visage un air du jeune étudiant naïf du «Lauréat», qui le rendit célèbre on 1967. Ce qui est une assez belle performance: ii va avoir quarante ans l'an prochain. Et s'il a tant de succès et de distinctions (if a été cité trois fois a l'Oscar), c'est qu'il interprète ‑ bien ‑ des personnages profondément humains, des «paumés» qui ont besoin de tendresse, des «anti‑héros» qui, malgré leurs faiblesses et leurs incertitudes, apprennent à être de vrais héros. L'étudiant timide de «John and Mary», amoureux de Mia Farrow, le bagnard myope et résigné de «Papillon», le déraciné de «Little big man» cherchant le bonheur de tribu indienne en village cow‑boy, le présentateur minable de «Lenny» gui devint l'un des premiers contestataires américains avant de mourir d'une overdose, et même le petit journaliste déterminé que l'on allait renvoyer avant qu'il ne fasse tomber «Les hommes du Président», sont bien de la même famille.

«Marathon Man» va avoir la lourde charge de défendre les couleurs de John Schlesinger et de Dustin Hoffman au dur moment des fêtes de fin d'année. Mais «Marathon Man» a assez d'armes pour rivaliser avec les sucreries, les films comiques, traditionnels auxquels s'ajoute cette année la super‑production de «King‑Kong». II va plaire à tous les amateurs de films policiers mais aussi à tous ceux qui, par‑delà l'histoire, aiment se plonger dans un monde différent.


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Jean‑Pierre Lavoignat

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