VOGUE PARIS
L’ŒIL GLOBE-TROTTER
Bonjour, Philippines : au‑delà des enfers de Manille et des paradis cocotiers, Mary Ellen Mark,l’une des plus grandes femmes photo­graphes, effleure l’humanité d’un archipel secret.
August 1996
Par Camille Labro


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ECOLE PRIMAIRE, BAGUIO.
«En passant en voiture, dit Mary Ellen Mark, j'ai vu ces petites filles alignées sur un muret... J'aime cette gradation de leurs expressions... »


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TROIS ANGES AUX MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
«J'ai toujours été fascinée par les anges: des icônes qui appartiennent à toutes les cultures et que tout le monde comprend. Lisa Marie, Madia et Grace me sont apparues comme une vision. Montées sur un char qui portait une enseigne, elles faisaient de la publicité pour une compagnie d'assurances... Cette métaphore m'a laissée perplexe.»


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COUPLE POSANT POUR DES TOURISTES, BAGUIO.
« Chaque jour, ils descendent de leur village de montagne jusqu'à la ville pour se faire photographier en échange de quelques pièces. Ils vendent leur exotisme, en quelque sorte... »


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IRENE OLAT..., BAGUIO.
Cette dame de 88 ans, descendante de la tribu Ifugao, est la doyenne d’une famille de tisserands qui exporte dans le monde entier. Pour notre photo, elle porte ces superbes colliers de perles, extrêmement rares et chers... »


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VENDEUSE DE SACS AU MARCHE DE BAGUIO.
«Le marché de Baguio est immense, superbe : fruits et légumes, fleurs séchées, perles, épices, tissus, souvenirs... Beaucoup d'enfants, comme cette écolière, viennent aider leurs parents... Mais ils s'amusent et se promènent entre les étals plus qu'ils ne travaillent.”

Mary Ellen Mark a du mal à parler de son art. Son langage à elle, ce sont ses photographies. Elle se souvient de ses voyages, de visages rencontrés au hasard des rues, de sourires touchants et de rictus amers, d'un geste ou d'une silhouette qu'elle a su voler au temps, d'une humeur qu'elle a pu cristalliser sur sa pellicule… Mais jamais elle ne parle de composition, de représentation, du pourquoi et du comment d'une photo, des raisons pour lesquelles elle aime une image et moins une autre. Tout cela est superflu. Plus que de penser et d'analyser, Mary Ellen Mark ressent, et veut faire ressentir.

En octobre 1995, la photographe américaine a passé un mois aux Philippines*. D'abord à Manille, trépidante capitale, où elle a vécu au pouls d'une vie nocturne luxueuse et luxurieuse, peuplée de show girls exotiques et de vieux gigolos en habits de fête... « C'était pittoresque, mais un peu trop touristique a mon goût, raconte‑t‑elle ; j'ai eu envie d'explorer des côtés plus cachés des Philippines. » Elle est alors partie visiter Baguio, au nord de l’île de Luzon : « Une vile secrète, timide, difficile à cerner ; les gens viennent de la montagne, ils ne s'offrent pas au regard... Ii faut les chercher. » Puis, pour boucler son exploration, elle s'est envolée vers le sud, a Bacolod City, sur l’île de Negros, oü le MassKara Festival, un carnaval créé ii y a moins de dix ans, battait son plein : « La vile était en fête, les images abondaient, il n'y avait qu'à les cueillir, sur le vif; c’était une approche photographique complètement différente de Baguio. »

Au nord, la montagne, au sud, la mer. Deux îles, deux villes, deux mondes opposés. Mary Ellen Mark a su photographier ‑ et immortaliser ‑ les subtilités, les contrastes et les contradictions d'une nation décousue, découpée comme un puzzle, où les habitants se ressemblent sans être semblables, et les rythmes de vie different selon les latitudes; un pays patchwork.

«J'aime les images à double tranchant, les clichés qui heurtent et qui intriguent, les choses bizarres, dérangeantes, parfois choquantes », déclare‑t‑elle en repoussant, d'un geste lent, son épaisse tresse de cheveux noirs. Artiste de l'instantané, sans cesse a l'affût du pur et du dénudé, elle cherche les mélanges spontanés de mouvements et d'atmosphères, et observe sans répit les traits de caractère et les modes de vie de ceux qu'elle éternise d'un déclic. Mary Ellen Mark est belle, fine, élégante, parée de bijoux primitifs lourds et sonores. Depuis près de 30 ans, armée de son regard et de son objectif, elle parcourt le monde pour capturer les détails, émouvants ou violents, de la vie des autres, chez elle ou en terre etrangère, de Bombay a Calcutta, de l'Angleterre a la Russie, de New York a l'Asie.

*Seven Days in the Philippines, un recueil de photographies (dont celles de Mary Ellen Mark) paraîtra en Asie du Sud‑Est aux éditions Didier Millet. Ii n'y a pas encore de date de parution en France.


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DEUX JEUNES FILLES AU MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Deux camarades de classe, habillées et maquillées pour un concours, attendent le moment de danser. »


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LES DAUPHINES DU CONCOURS DE BEAUTE, MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Grâce a l’instantané, j'ai pu saisir ces regards oü se mêlent jalousie et déception, violence et frustration. La gagnante du concours de beauté – « la Reine MassKara" ‑ est au second plan, trônant sur le char avec placidité… »


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JEUNES PECHEURS SUR LA PLAGE, BACOLOD CITY.
« Il est six heures du matin, la mer est basse. Avant l'heure de l'école, des petits pêcheurs viennent cueillir des coquillages et des crevettes. J'aime cette lumière pesante, ce ciel obscur, hésitant entre la nuit et le jour… »


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LUIS MANGAMOLIS, PECHEUR, ET BABY GAMO, BACOLOD CITY.
« Tôt le matin, un vieux pêcheur et un jeune apprenti s'apprêtent à faire leur "récolte" du jour. »


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PETITES FILLES AU MARCHE DE BAGUIO.
« Le marché est le cœur d'activité de Baguio. II y a toujours quelque chose à voir, un peu comme en Inde... Ces petites filles, tout endimanchées, donnent un coup de main. »


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DEUX GARONS AU MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Toutes les écoles de la ville participent à un concours de meilleurs costumes, maquillages et spectacles de danse. Les élèves de chaque école sont grimés de manière identique. J'ai été frappée par l'allure inquiétante et ambigue de ces deux petits garçons. »


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BEN CABRERA, CELEBRE ARTISTE DES PHILIPPINES, BAGUIO.
« Bencab, de son surnom, est un vieil ami : nous nous sommes rencontrés à Londres ii y a plus de 20 ans. C'est l'un des peintres les plus renommés des Philippines et c'est un homme magnifique, beau de corps et d'âme. J'admire énormément ce qu'il est et ce qu'il fait. Le photographe oeuvre grâce à une machine; le peintre crée avec ses mains et ses émotions... Cela me semble beaucoup plus difficile. »


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DANSEURS AU MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Un groupe de danseurs au coeur de la parade. Ceux‑là sont plus âgés, et dansent pour le plaisir, pas pour le concours. »


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UNE DANSEUSE AU MASS­KARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Cest la fin d'une journée de parade. II pleut des cordes, l’air est lourd, et la jeune fille n'a pas cessé de danser depuis midi... Elle descend la rue comme prise d’une transe inextinguible. Tout cela pour un concours... C'est un vrai marathon! »


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UN LIEU DE PELERINAGE, PRES DE BACOLOD CITY.
« J'ai vu cette crèche grandeur nature en rentrant de la plage. Les Philippines sont un pays très catholique. II y a des lieux de pèlerinage un peu partout, au hasard des chemins. »


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M. ASIE (SAMMY AYOCHOC) ET ACKHAYA CASEY,BAGUIO.
« Je ne suis pas "tombée" sur M. Asie. On m'avait parlé de lui, et je l'ai contacté. II m'a donné rendez‑vous près de son club de gym, où je l'ai trouvé, tout enduit d'huile, avec son bébé dans les bras... La photo m'attendait. Sans l'enfant, M. Asie n'aurait été qu'une curiosité ‑d'ailleurs il y a certainement des dizaines d'autres M. Asie ! »


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LE PUBLIC, MASSKARA FESTIVAL, BACOLOD CITY.
« Sous la pluie battante, la foule regarde défiler la parade. Deux jeunes filles ‑ probablement des girls‑scouts- encadrent le public avec une autorité toute relative... »

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