vogue paris
Ecran Total
September 1984
By Javier Arroyuelo and Jean Bernard
Photographs by Mary Ellen Mark

Quand on aime le cinema, on y va tout seul. Sur son quant‑àsoi. Dans l'attente d'une nostalgie nouvelle. Et les films qu'on aime, on est seul a les aimer.
On est seul dans la pénombre, la pénombre‑mère, des salles, avec l'homme au bras d'or et avec l'homme qui aimait les femmes, avec celui de Rio, avec le troisième homme, avec ceux du Président, avec celui qui en savait trop. On est seul avec un homme pour l'Eternité.
On voudrait d'ailleurs avoir l'étemité devant soi pour les voir et les revoir, les aventurières a la Marlene, les bébés a la Bardot, les femmes a la Schygulla, et rentrer dans leur jeu et dans leurs mots
"Plus haut, Lola, plus haut !" ‑ Peter Ustinov a Martine Carol dans "Lola Montès" de Max Ophuls.
"Forse è vero quello che dicono a Volterra", ‑ Claudia Cardinale dans "Vaghe Stelle Dell'orsa".
"Qu'il soit anathème, qu'il soit anathème! ! !" ‑ Leitmotiv de "La Vole Lactée" de Luis Buñuel.
"Fermez‑la, Madame, ou je vous casse la gueule." ‑ Un laquais en livrée vert, noir et or, a Catherine Deneuve, en tailleur rouge, dans "Belle de Jour".
"Il pleut ou je rêve? Peut‑être les deux..." ‑ répond Jeanne Moreau dans "Jules et Jim" de Louis Malle.
"Darling, just don't ask for the moon, we have the stars." Bette Davis, au bout de son voyage, dans "Now, Voyager".
"Nobody leaves a star." ‑ Gloria Swanson dans "Sunset Boulevard".
"I've been rich and I've been poor. Believe me, rich is better." ‑ Gloria Graham dans "The Big Heat".
"Etre faux‑jeton a ce point‑IA c'est presque de la franchise," lorsque "Le jour se léve" sur Jean Gabin et Jules Berry.
"L'amour, l'amour, toujours l'amour !" crie, en français dans la v.0., Mary Boland, femme majuscule parmi "The Women" de Georges Cukor. (Suite page 478).

LE FAUCON ET L'HOMME DE NEIGE

Page de gauche. John Schlesinger, melteur en scene de "Midnight Cowboy' vient de réaliser unfllm d'espionnage oui se mêlent ruialitui et fiction : comment deuxjeunes Américains bien éduqués deviennent espions pour le compte de la Russie. Timothy Hutton (page de gauche) et Sean Penn, les deux acteurs principaux, èvoluent dans des décors de Jim Bissel. Lefllm est tire du best‑seller de Robert Lindsey "Le Vol du Faucon".

CLARETTA

Ci‑dessus. Le role de la jeune maltresse de Mussolini aimante et fidèle qui choisira la mort auprès de luiplutOt que la vie sans Iui, est interpruité par Claudia Cardinale dans une mise en scene de son marl Pasquale Squitieri. Des documentaires inédits de 1945 accompagnent cefilm qui essaie d'éclairer sous un jour dj/Jérent lepersonnage contesté de Claretta, symbole des milliers d'ltaliennesfascinuies par le Duce. (Selection officielle 6 la Mostra de Venise.)


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"Sono tutti matti... tutti matti... tutti matti," conclut Anna Magnani dans "L'automobile".
Quand on aime le cinema, quand on en est fou, des bouts de dialogues, des citations tronquées, viennent s'installer, sournoisement, dans les chambres a echos de la mémoire, s'y déploient et resurgissent soudain en Dolby stéréo au detour de la conversation la plus banale.
Quand on aime le cinema, la banalité du quotidien est sans cesse transformée par des visions arrachées a I'écran : la plus innocente des paires de ciseaux brille d'un reflet alarmant si l'on a vu "Le crime était presque parfait".
Et partout le cinema est IA a faire écran. Un pays qu'on visite c'est souvent un film qu'on revoit. Piazza Farnèse,j'ai cherché du regard la maison de l"Eva" de Joseph Losey. La beauté inaltérable d'Ava Gardner se superpose aux paysages de la Méditerrannée ; je voyage avec Pandora sur la Costa Brava et je suis les traces de "La Comtesse aux pieds nus" sur les sables de la Riviera.

ALAMO BAY

Ci‑dessus. Entièrement américain (production et tournage), "Alamo Bay" de Louis Malle (ci‑dessus, a. g), avec Amy Madigan et Ed Harris (ci‑dessus, a dr.), est l'histiore d'une coloniede Vietnamiens refugies aux Etats‑Unis et de leur difficile integration dans la communaute americaine. Sortie prevue en Europe au printemps prochain.
Et Rome c'est Fellini, bien sür. Et Venise Visconti, évidemment. Paris c'est Godard pour les uns, "Charade" pour les autres. New York c'est King Kong et Buenos Aires c'est Rita Hayworth, toute flamme et satin noir dans "Gilda".
Le cinema est la plus généreuse des agences de voyage.
Et d'ailleurs, qui connaltrait Little Rock, joyau de I'Arkansas, si Jane Russell et Marilyn Monroe ne l'avaient pas chanté et dansé, en Technicolor flamboyant, dans une débauche de paillettes dinquantes. Que serait Rochefort sans Solange et Deiphine?
Le cinema est partout, dans nos cinématheques imaginaires, au fil des montages baroques que la vie, oh la vilaine, nous fait.
Quand le désir ne sait plus oü aller, ii se projette sur un écran, un grand écran, un 70 mm, il fait corps avec l'image et se prend au jeu des profondeurs de cc rectangle de toile.

Et quand on aime le cinema, on reste IA, ravi et transporté, indifferent au pop‑corn que les New‑Yorkais (Suite page 480)

BERTOLDO, BERTOLDINO

Page de droite. Mario Monicelli et Susco Ceechi D'Amico ont adapte un des plus fameux textes de la litterature populaire italienne de la fin du Moyen Age. Ce film reunit pour la lere fois Ugo Tognazzi (dans le rolede Fra Cipolla) Pour ce film qui sortira a Noel, Monicelli a invente une langue savoureuse a partir des dialectes toscan, napolitain et romain archaique.

END